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Les chats qui se promènent dans mes livres

A la demande d'Aliette Griz, pour le site de Bela, je suis allée caresser les quelques chats qui se promènent dans mes livres :

Extraits de La bête à bon dos (inédit), sortie début 2018 chez José Corti, collection Biophlia

       Le chat veut entrer dans ce livre, laisser la trace de ses pattes sur le papier. C'est trop tôt. Je lui demande de revenir plus tard et le flanque dehors. J'ai à parler de ma rencontre avec un corvidé. Après s'être tortillé, frotté, vautré frénétiquement dans un plant de valérianes, dite l'herbe-aux-chats, moment d'euphorie cannabique aux visions d'elfes, l'animal revient aux réalités de l'existence, insiste, agrandit la trace de ses griffes sur le châssis de la fenêtre tandis que je baye aux corneilles à l'intérieur. Je cède et le fais entrer.

-              Ça ne te suffit pas d'avoir eu ta place dans plusieurs de mes livres ? Tu en veux encore plus ?

Vexé, il fait déjà mine de demander à sortir rien que pour mesurer le niveau de pouvoir qu'il exerce sur moi. Il exige que je parle de lui, que je lui montre de l'admiration, que je la partage, que je contamine mes lecteurs. Il est coutumier du fait ; il s'est invité chez nombre d'auteurs majeurs, Baudelaire, Colette, Rilke, Loti, Hugo, Chateaubriand, Dumas... À croire que c'est lui qui parle à travers eux. Comme le nématomorphe Spinochordodes tellinii, ce nématode qui parasite les criquets et les sauterelles pour se développer dans leur organisme, ses larves prenant le contrôle de leur cerveau, les amenant à se suicider dans une flaque d’eau pour ensuite coloniser un nouvel habitat, le chat prendrait-il possession de nous, nous conditionnant à lui verser ses croquettes, à lui servir de portier, à écrire ses louanges, à inonder l'internet avec ses LOL cats pour distraire de leur travail les employés de bureau ? Il s'y fait chef de gare adulé, costumé, médaillé, défonceur de boîtes, tireur de langue, sosie d'Hitler paniqué à la vue d'un concombre... Une vidéo qui montre Nora en train de jouer du piano avec ses pattes et sa tête a inspiré Midaugas Pecaitis, un compositeur lithuanien, pour le morceau CATcerto. La vidéo de Nora, la soliste, est projetée sur un écran géant et accompagne l'orchestre. Léautaud poussa le vice jusqu'à promener les siens en landau. Chandler, sous l'influence de Taki, gros chat noir tyrannique aux yeux verts, modula ses chapitres. Est-ce pour conjurer le sort que les auteurs réagissent en lui donnant des noms si ridicules ? Mouche, Minou, Hamilcar, Moumoutte blanche, Mr Souris dit La Suprématie, Crazy Christian, Bébert, Kiki la doucette, Toune... ? J'essaie de comprendre. Entre la sauvagerie et la domesticité, le chat tangue, recolle nos morceaux manquants ? Et puis zut ! Que le chat se débrouille pour vous parler de lui-même ; il saura bien se faire comprendre. Je ne l'ai pas invité et je n'ai pas l'intention d'être à sa botte. Ouste !

                          (…)

 Je laisse là la forêt, l'ami et le cheval, et je me lève pour le faire entrer. Il s'engouffre dans la maison, comme à chaque fois, avec ce petit rrrrrruuu, ce trémolo de la gorge qui me donne l'impression qu'il a besoin de cette vitesse pour que vibrent les ailettes qui se trouveraient dans le fond de son gosier. Ce chat est capable de tout. Nous l'avons surpris, un jour d'été, sortant de la haie des voisins, en pleine partie de hockey sur gazon avec une tomate garnie de crevettes. Le juron qui s'en suivit n'empêcha pas la disparition de l'entrée de nos chers voisins. Une autre fois, ce fut une pizza, une gageure pour un si petit animal. À la force des mâchoires, il l'a traînée héroïquement entre ses pattes avant. Là, tout de suite, je lui collerais bien un aileron de requin sur le dos ; il me tourniquette autour pour réclamer sa pitance. Peu lui importe de quel univers je viens, qui je suis, quelles sont mes véritables aspirations, comment je me reproduis, pourvu que je sache verser des croquettes dans son écuelle, ce sera parfait. Non, ce n'est pas du chat dont je veux parler ici. Je fais mine de secouer l'écuelle – qui n'était pas vide – et je reviens à mes bichettes.

                                   (...)

Et le chat, me direz-vous ? Le chat est partout, surtout du mauvais côté de la porte ou de la fenêtre. Ouvrez, vous verrez. Regardez-le bien quand il se faufile entre vos jambes, au risque de vous faire tomber, comme si sa vie en dépendait. Puis, observez ce point d'interrogation :

                                                                                                        ?

Voyez-vous la petite rosette de son trou de balle sous la queue qu'il déploie par-dessus lui ? Le mien salue le retour du soleil et tourne le dos à l'humaine qui vient d'achever son manuscrit. Elle s'est enfin décidée à lui ouvrir la porte.

 

Extrait de L’en vert de nos corps, en cours d’écriture

 

Un chaton, retrouvé mort sur un lit de mousse sèche, a été enterré sous le prunier qui n’a rien donné cette année. Année pourrie, mauvaise saison, disent les voisins. Trop de pluie, trop de soleil, des trop et des trop peu qui embrouillent la croissance des plantes et éveillent nos craintes. Le réchauffement du climat ? Le végétal nous parle en direct, sans le truchement d’un autre média. Nous vivons au plus près de ses perturbations. Sur le petit monticule de terre, trois galets en guise de fleurs pour que les moutons ne les mangent pas. Nous demandons protection pour ce petit animal à peine venu aussitôt reparti en l’espace d’une seule saison. Quelques larmes en plus aideront-elles le passage des sels minéraux du chaton dans les racines de l’arbre ? Nous sommes ainsi, la mort d’un bébé chat abandonné par sa mère et que nous connaissions à peine nous émeut. Toute vie qui meurt nous fait mourir un peu. Tout est nous. L’adolescent de la maison y ajoutera son offrande, un tapis de branches d’armoise, une lanterne pour l’animal qui ne verra plus la nuit.

Extraits de « Le monde de Nestor », La Traversée, Weyrich, 2014

    Nestor dit souvent que son chat est un pirate, qu'il est son garde du corps. Dès que le vieil homme sort, le chat passe devant lui. Il surveille, regarde attentivement partout, vérifie qu’il n’y a pas de danger. Comme c’est un pirate, et qu’il a un menton noir, Nestor a nommé le chat Barbe-Noire.

(…)

Le chat Barbe-Noire n'aime pas trop voir son maître s'intéresser à ce chien. Le chat est jaloux. Il fait semblant de s'endormir sur l'appui de fenêtre. Seule sa queue remue. Quand elle bouge comme ça, elle ressemble à un serpent recouvert de poils noirs. Sa queue montre que, derrière ses yeux, le chat n’est pas tranquille.

(…)

Ce matin-là, Barbe-Noire apporte un petit cadeau. C'est un oiseau mort, sans tête. Nestor n'aime pas trop ça. Il félicite tout de même l'animal.

-          Si je montre que je suis fâché, tu vas croire que je n’aime pas ce que tu m’apportes. Tu serais capable de me ramener une autre sorte d’oiseau, ou une souris. Tu penserais me faire plaisir.

Le chat est très fier de sa proie. Il passe devant Chaussette, la tête haute.

(…)

Barbe-Noire ne pense à rien. Il se laisse bercer par les paroles des humains. Elles entrent dans ses oreilles comme une musique douce. Il dort. Peu importe son nom.

        

Extrait d’Ici, Le Dilettante, 2014

Après une journée de solitude, chacune parlait comme pour elle-même, peu importe avec qui, juste pour entendre le son de sa voix, et non pas ce chant aiguisé pour sortir les poules le matin, ni cet éclat de branche sec pour chasser le chat de la cuisine. Aujourd’hui que les enfants ont grandi, que

l’école est fermée, avec qui porter le faix du jour ?Avec le chat qui n’est plus congédié ?

Extrait de « Mon cher ami », Le déjeuner sur l’herbe, 2015

Parlez-moi donc de ce chat, celui qui est persona non grata dans votre lit ?

– Ah si, qu’il se gratte ! C’est parce qu’il a des puces, il se gratte tout le temps, et maman dit que c’est pas propre. Il est tigré, il s’appelle Alphonse.

– Alphonse ? Je suppose qu’il porte bien son nom?

– C’est un gros matou, un «pacha croûte », dit ma mère.Parfois, on l’appelle « le patron ».

– Le patron ?

– On est toujours à son service : «Ouvrez la porte, je sors.Ouvrez la porte, je rentre. Croquettes, j’ai faim. Robinet, j’ai soif. »

– On pourrait donc dire que ce n’est pas votre chat mais que, vous, vous êtes son garçon, sa chose ?

– Si on veut.

(…)

Ma mère m’a fait signe de la suivre, un doigt sur la

bouche. Nous sommes rentrés à petits pas, le plus silencieusement

possible. Devant le feu ouvert, mon gros

flemmard de chat, installé confortablement sur un coussin,

ronflottait légèrement. Sur le dos, les pattes en l’air, il se réchauffait la panse. Quand nous nous sommes approchés, il a à peine soulevé une paupière et s’est

contenté de pousser un soupir d’aise. Ses deux canines dépassaient de chaque côté de sa bouche. Nous appelions ça, « le plan chat crevé ».

– À votre place, je l’aurais appelé Dracula, ce chat! J’espère qu’il est capable de faire autre chose de ses journées et qu’il lui arrive aussi de chasser les souris.

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