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Mais où est l'auteur?

Ecrit  pour A mots découverts, lors d'un chantier scénique au théâtre de l'Aquarium, autour de ma pièce « Tout est bon » :

Où est l'auteur ?
L'auteur est dans la salle.
L'auteur se lève.
L'auteur marche sur les planches.
L'auteur s'assied et regarde.
L'auteur prend des photos.
L'auteur joue à l'auteur.
L'auteur a écrit ça il y a longtemps.
Aujourd'hui, elle est en période de jachère.
Elle sent que ça bouge, là-dedans, et elle a bien une petite idée de ce qui se trame à l'intérieur, mais elle n'écrit pas encore.
L'auteur s'étonne de ce qui, puisque son nom est écrit sous le titre, a été écrit par elle.
L'auteur, qui aime bien revenir aux états premiers de la matière, voit son texte prendre corps.
Il court, son texte.
Il se met à quatre pattes, son texte.
Il se déguise en mains, son texte.
Il se tord dans la glaise, son texte.
Il se cache dans le noir pour sortir d'un nombril et d'un couteau, son texte.
Il saigne, son texte.
L'auteur n'est presque plus l'auteur du texte. Elle est de plus en plus une spectatrice. Et elle est prête à tout voir.
Voir ce texte qui se montre "à travers", voir la disparition des acteurs, la disparition même des personnages.
L'auteur pense à ce qui n'est pas encore écrit. Elle se dit, qu'en plus de son corps à elle, elle y mettra celui de ceux avec qui elle a pu jouer aujourd'hui.
Car l'auteur joue. Elle s'amuse. Elle ne se prend pas au sérieux, c'est le sérieux qui s'éprend d'elle.
On pose des questions, à l'auteur. On pense qu'elle a tout prémédité, qu'elle a capturé une idée et qu'elle l'a mise à son service.
Et, elle voit bien, l'auteur, que le texte en dit plus long que ce qu'elle pourrait en savoir elle-même, que c'est sa colère qui a nourri l'intelligence du texte, que c'est son corps qui lui a donné cette sensualité.
Alors, elle laisse monter en elle le désir de pousser l'écriture plus loin, de laisser sa légèreté prendre plus de poids, de lâcher sa folie
pour les faire tous marcher sur la tête et pour qu'elle puisse revenir, l'auteur d'un autre texte, un autre jour, avec son même costume d'auteur, l'imposture en sous-vêtements.

Et si l'auteur n'avait pas été là ? Les acteurs, les marionnettes, les metteurs en scène, les mains, la glaise, auraient-il perçu l'ombre dans la salle, cette forme qui se lève, ce fantôme qui marche sur les planches, qui s'assied, qui regarde, qui prend des photos ? Le texte, se serait-il donné de la même façon ?
A qui, de l'auteur ou des acteurs, profite mieux le crime ?