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Bateau-ciseaux

bateau-ciseaux043

Au gré des moments quotidiens ou des événements exceptionnels se tisse une réalité particulière, celle d’une enfance sur une péniche. C’est un milieu simple où le travail occupe toute la place et que les livres viennent bousculer. Ce récit raconte l’enfant dans sa construction vers l’âge adulte : sur la péniche, au pensionnat, avec ceux « d’à-terre »,... et surtout à travers la découverte de la lecture. Ce cheminement, de l’apprentissage à l’exploration personnelle nous touche par sa fragilité, ses tâtonnements mais aussi par sa détermination à étancher une soif de découvertes initiés par la lecture.

J’ai trois ans, plus peut-être. Dans la toute petite cabine du bateau, en bois d’acajou et aux cuivres astiqués, je marche à quatre pattes sur un tapis rouge qui ignore tout de l’Orient et des courants aériens. A ma gauche, l’escalier de trois marches qui mène dehors, là où c’est si dangereux. A ma droite, la table en formica, aux pieds chromés, mon palais des glaces. Devant, la cuisinière blanche, avec sa minuterie qui fait « tic tic tic » – le seul bouton que je peux toucher. Dans le four, je fais cuire à froid mon « baigneur », mon bébé noir au crâne troué – accompagné de confiture, ça passe mieux.

Illustrations Véro Vandegh, Format 11 x 19 cm, imprimé en offset, reliure fil de lin, 96 pages, 2007, isbn 978-2-930223-83-4, 15 euros

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Communiqué de presse 285.51 Kb

vero

                                                                                    Véro Van Degh et Christine Van Acker

Lire les premières pages :

Le passé avance.

Issue de cette matière agitée, hissée par le vivant, je suis née.

Des oubliés m’ont portée à terme.

Ma nature profonde en porte les semis, dormants ou prolifiques.

La mémoire trace ses sillons, égratigne au passage, s’étrangle ou se répand.

Les livres appartiennent à ces invisibles qui m’ont faite.

Ils sont la connivence quand je n’en avais avec personne.

Ils sont le voyage quand je ne pouvais pas encore tenter l’évasion.

Ils sont ces parts de moi-même que j’aurais pu ne pas voir.

Ils m’ont amenée ici.

Ecrire, appuyer sur l’interrupteur de la petite lumière et faire danser les ombres.

Et qu’importe si la mémoire n’est pas fidèle.

Fidèle à qui ?

A quelqu’un qu’on porte en soi à la manière des fantômes ?

Au petit garçon qui se trémousse sur sa chaise, ne mange pas, chante presque « raconte-moi les histoires de quand tu étais petite ».

A mon fils qui porte une rivière brillante parmi ses prénoms.

- D’accord, je raconte. Je raconte et, toi, tu manges. Ok ?

- Tope-là !

- C’est… comme dans les histoires de pirates !

Après un naufrage, durant toute une longue nuit, j’ai nagé, nagé…

Et, quand j’arrive sur ce que je pense être la terre ferme, je suis bien fatiguée.

Au début, je préfère garder les yeux fermés.

Au bout de quelques jours, j’ose soulever mes paupières...

Il y a là un animal appelé « Nounours ».

Il veille sur moi.

Il m’inquiète beaucoup.

Je le soupçonne de bouger dès que j’ai le dos tourné.

Alors, je ne le quitte pas du regard et, mes yeux dans ses yeux, on finit par s’endormir tous les deux.

A cette époque-là, je n’ai pas encore rencontré les livres et je me demande quels pourraient être les mots cachés à mon insu dans les vagues que je dessine ?

On me répond qu’il n’y en a aucun, même pas un tout petit.

Je comprends alors que les indigènes du coin ne savent pas lire, pas comme moi.

Je devine aussi que ce que je supposais être la terre ferme est...

un bateau !

- Oui, mais, vraiment, quand tu étais petite, toi ?

- Mange tes haricots.

- Alors, tu racontes ?

- Imagine…

Tu es une tortue. Tu transportes ta maison sur ton dos.

C’est une tortue spéciale, avec une carapace de tôle multicolore et de bois.

Au début, ça te va bien, cette carapace.

Mais, la matière qui la compose n’a pas été secrétée par ton organisme.

Tu grandis…

Ton corps fait ce qu’il peut pour s’adapter.

C’est une carapace pour deux tortues.

Toi, la plus petite, tu vas devoir t’effacer ou t’en aller.

Alors, un jour, tu sors, toute nue.

De chaque côté de ton corps, il y a, en creux, la marque de ton papa et de ta maman.

Les premiers petits cailloux que tu jettes à l’eau indiquent alors que ton chemin va s’écarter et te mener très loin d’eux.

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