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L'en vert de nos corps

couverture en vert 

Pour le commander : L'Arbre de Diane 

4 eme vert

 

Préface : Vinciane Despret

Illustrations : Fabien Mérelle

Relecture : Sébatien Lezaca

Ecouter un extrait : https://soundcloud.com/sonalitte/christine-van-acker-len-vert-de-nos-corps

 

Recension de Véronique Bergen, dans le Carnet et les Instants, avril 2020 :

"Pour évoquer le monde végétal que le savoir dominant de l’Occident a ignoré pendant des siècles, Christine Van Acker a choisi de nouer deux registres, ceux de la poésie et de la science jusqu’à brouiller leurs frontières, montrant l’artificialité des découpes entre champs de connaissance. Livre-jardin, livre-forêt, rythmé par un essaim de citations qui pollinisent le texte, L’en vert de nos corps nous fait pénétrer dans les mélodies du végétal. Par les sens et les vertus de l’écoute, en collant l’oreille au tronc des grands silencieux, en prêtant attention aux fleurs, aux arbres, aux légumes, non pour ce qu’ils nous procurent comme bienfaits mais pour eux-mêmes.

La pensée de Christine Van Acker suit les mouvements du vol du bourdon, nous entraîne dans les récits de la toute-puissance de la chlorophylle (nous devrions « ne pas oublier notre allégeance à l’ensemble du monde végétal »), de la poussée hélicoïdale de la sève, de la théorie des signatures à la Renaissance avec Paracelse (la loi des plantes médicinales étant « le semblable soigne le semblable ») ou encore de l’horloge biologique des fleurs.

L’horloge de Flore, créée en 1905, nous informe que le pavot s’ouvre à six heures, le pissenlit à dix-sept heures, le nénuphar jaune à dix-neuf heures.

De la folie des herbicides, du glyphosate qui frappe ses voisins à l’observation des phénomènes naturels, de la perception de la sensibilité des arbres (Maeterlinck parlait de l’intelligence des fleurs) au désastre des « printemps silencieux » (Rachel Carson) qui affectent les arbres sensibles aux chants des oiseaux, de la découverte du phénomène de la timidité des cimes (les arbres maintenant une certaine distance entre leurs feuillages, leurs branchages supérieurs et leurs voisins) au mutualisme entre les arbres et les champignons, Christine Van Acker tisse des récits rhizomatiques, tout en immanence dès lors qu’ils ne surplombent jamais ce dont ils parlent.

Pourquoi l’Arche de Noé a-t-elle oublié les végétaux ?

Alors que se déroule la sixième extinction, dans le goulot de laquelle, nous serons tous précipités, dans quel bateau les Noé de notre époque pourraient-ils embarquer, sur quel mer conduiraient-ils les animaux — et les plantes, cette fois-ci — dont l’homme n’a pas contribué à l’éradication, vers où achemineraient-ils les arbres primaires encore debout, les semences anciennes non manipulées ? 

Les études des botanistes, des dendrologues, des naturalistes — Francis Hallé, Jacques Tassin, Peter Wollheben, Ernst Zürcher… —, des militants écologiques — Wangari Maathai, Rajendra Singh…—, les romans, les poèmes — Giono, Colette, Jaccottet, Bonnefoy, Ponge, Marie Gevers, Maeterlinck… — , les soins que Christine Van Acker apporte aux potagers, aux arbres, au travail de la terre rythment cet essai qui, davantage que lire la nature de l’intérieur, écoute ses bruissements, ses secrets, son intelligence. Car, lit-on le monde végétal avec les doigts, les yeux, l’ouïe, l’olfaction ? La nature est davantage qu’un livre. Elle n’a pas à être décryptée mais vécue, habitée avec respect.

L’Occident, la mondialisation se sont construits sur l’oubli de l’interdépendance entre les règnes. C’est cet oubli qui mène à la sixième extinction des espèces animales et végétales, à la crise environnementale, à la crise sanitaire induite par le coronavirus, covid-19. L’être humain n’existe que connecté à l’ensemble des formes du vivant. Préfacé magnifiquement par Vinciane Despret, L’en vert de nos corps plante des mots-graines qui ont la puissance de réactiver notre lien aux plantes, aux animaux, de nous ouvrir aux chants du vivant. Des liens que nous avons malmenés, fragilisant les écosystèmes, jusqu’à précipiter leur destruction sans retour. Des nouages,  une connectivité, une co-existence sans lesquels le cycle de l’humanité touchera à sa fin. Dans la guerre en cours entre ceux qui détruisent, polluent, dévastent et ceux qui plantent, réparent, sèment, L’en vert de nos corps est un livre-projectile mettant en œuvre la « guerilla gardening », la guérilla jardinière des  activistes environnementalistes lanceurs de bombes de graines. Deborah Bird Rose dans Le rêve du chien sauvage. Amour et extinction (Éd. Les Empêcheurs de penser en rond, trad. Fleur Courtois-l’Heureux, préface de Thom van Dooren et d’Isabelle Stengers) s’appuie sur la formule du biologiste Michael Soulé « les gens sauvent ce qu’ils aiment ». Aimera-t-on suffisamment les peuples autochtones, les migrants, les opprimés, les animaux sauvages, les arbres, les océans, les montagnes, les pôles Nord et Sud pour les sauver ?"    Véronique Bergen

Le Soir, Jean-Claude Vantroyen, le 27/06/2020 :

" Le jardinier botaniste entomologiste biologiste et écrivain Gilles Clément écrit : « Le jardin ne s’enseigne pas, il est l’enseignant. » Christine Van Acker reprend cette phrase parmi les pertinentes citations émaillées dans son livre. Et c’est en quelque sorte le résumé de son propos. En 44 flâneries (« des miniatures », dit-elle), l’autrice nous offre une lecture verte de la vie, un ressourcement auprès de la nature, et particulièrement auprès des arbres et des plantes. Elle nous exhorte à les regarder, les admirer, les écouter aussi. Et à nous fondre avec eux et elles dans le grand cosmos. De nous rappeler en quelque sorte que nous sommes des cousins et que nous partageons des gènes communs : 25 % de nos gènes avec l’arabette, par exemple, une fleur sauvage. Il y a bien longtemps que les chemins des humains et des végétaux ont divergé, certes, mais gardons l’humilité de toujours les considérer comme des cousins lointains qu’il faut traiter avec respect.

Christine Van Acker nous emmène en promenade, dans les jardins, les bois, les forêts. Et dans ses souvenirs. Avec elle, on grimpe avec les petits pois, on circule avec la sève (qui tourne en vortex autour de l’arbre), on s’amuse des noms des plantes, on se dénude de ses feuilles, on presse les premiers bourgeons de cassis entre ses doigts pour en humer l’odeur « qui explose mes sens », on plante des milliers d’arbres pour réparer la nature, on s’émerveille, on croque ses mots comme une reinette juteuse, on goûte leur saveur, on rêve.

Est-ce un livre poétique, philosophique, scientifique ou militant ?

Au moment d’écrire, je ne réfléchis pas à la case dans laquelle cela pourra se retrouver ensuite. Cela part d’une justesse, à ce moment-là, de l’écriture. Cela s’impose. Le scientifique trouvera son compte dans ce livre ainsi que le poète, le philosophe et le militant, pourquoi pas ? Chacun élargissant son spectre d’intérêt car les frontières de chaque discipline ne sont pas défensives mais appellent à plus de métissage.

C’est un livre érudit ?

Nous vivons une époque où il suffit de citer quelques auteurs ou d’utiliser quelques mots scientifiques pour être vue comme érudite. Mais j’écris plus avec mon corps qu’avec mon intellect, c’est le langage de la vie. Etre exigeante avec le style, le choix du vocabulaire, traiter le réel au scalpel, parfois avec cruauté, c’est un respect dû au lecteur. Quand je vais dans des écoles, je n’hésite pas à lire aux ados des auteurs qu’on classerait dans les « compliqués ». Les ouvrir à d’autres langues, comme on découvre d’autres saveurs, d’autres musiques. Mes livres naturalistes me sont des outils pour fixer ce qui, chez moi, s’oublie rapidement. Ils sont destinés non seulement au partage, mais à accompagner ceux qui peinent à mettre des mots sur ce que, comme moi, ils auraient déjà observé. Les mots de la science me sont des passerelles vers la justesse, mais aussi vers la poétique qu’ils contiennent. D’ailleurs, les scientifiques font aussi énormément appel à l’imagination et parlent d’« inspiration ». Je pense qu’utiliser les mots de cette manière peut les démystifier.

Ce livre a-t-il aéré le confinement, donné aux gens une autre respiration ?

Il y a eu en effet beaucoup de réactions en ce sens. Et, s’il y a une chose qui me conforte de continuer, c’est bien cela : dans un monde où ne sont mises en avant que les mauvaises nouvelles, apporter une autre vision, moins limitée à l’humain, plus ancrée dans l’ensemble du vivant dont nous sommes. Le confinement nous l’a bien démontré, à beaucoup d’entre nous, auteurs et autrices, qu’il était impossible d’écrire sans ce contact vital avec le monde qui nous entoure.

Qu’espérez-vous de ce livre ?

Qu’il propage l’énergie du vivant qui m’a nourrie en amont et qui a permis qu’il advienne. Un jour, un lecteur m’a dit qu’il regardait les animaux autrement depuis sa lecture de mon livre La bête a bon dos. Voilà ce que j’espère : un regard autre, nouveau. Une fois qu’on a exploré par l’intérieur le monde animal, végétal, le monde microcellulaire, il n’y a plus de retour en arrière possible : nous perdons une part de notre penchant prédateur. " Jean-Claude Vantroyen

 

Recension de Delphine Crahay dans La cause littéraire

"L’en vert de nos corps est un recueil de chroniques qui associe anecdotes, récits de rencontres, descriptions naturalistes de la flore et leçons de choses, considérations scientifiques et philosophiques, littéraires et mythologiques, écologiques, et ça et là, politiques. Hétéroclite et foisonnant, cet ouvrage trouve son fil rouge et sa cohérence dans son thème mais aussi dans l’insatiable et fervente libido sciendi qui anime l’auteure.

C’est aussi un essai, le terme qualifiant assez justement la démarche et l’attitude de Christine Van Acker : elle y déploie non pas une pensée propre mais un certain art de lire, aussi bien les livres que les plantes – « du bout des doigts, ligne par ligne ». Cet art est humble, au sens le plus terrien du terme, et résulte d’une tentative sans cesse réitérée, sans cesse réorientée, de compréhension du règne végétal.

En fait d’ouvrage, on pourrait presque dire qu’il y en a deux : d’une part, la promenade buissonnière à laquelle l’auteure nous convie ; d’autre part, des miscellanées, de sorte que l’ensemble se prête aussi bien à une lecture suivie et linéaire qu’à une déambulation erratique et glaneuse.

Le premier montre que cette « jardinière du dimanche », ainsi qu’elle se qualifie, possède l’art de transmettre des connaissances précises et pointues et d’user du terme propre, en l’occurrence technique, sans être jamais lourde, pédante ou importune. Dotée d’une faculté d’étonnement candide sans être niaise, elle se révèle aussi encline à l’admiration des beautés qui sont offertes à son regard qu’à l’observation minutieuse des phénomènes naturels et à l’étude d’ouvrages savants. Mêlant érudition et anecdotes, rigueur et passion, elle pratique la vulgarisation au sens noble du terme : la mise à disposition et à portée de savoirs scientifiques, à destination non du plus grand nombre – ne nous leurrons pas : la densité du propos éloignera ceux que l’effort rebute ou que le sujet n’intéresse que faiblement – mais d’un grand nombre. Ce faisant, elle renoue avec les usages de certains naturalistes d’autrefois, qui faisaient œuvre de savant autant que d’écrivain et dont le style, littéraire voire poétique, était aux antipodes de la sécheresse désolante de certains traités scientifiques. L’amateur y puisera ainsi des connaissances sur la circulation hélicoïdale de la sève, les effets de certaines vibrations acoustiques sur la croissance des arbres, le phénomène du crown shyness ou timidité des cimes, le langage des fleurs…

Entre les chapitres, s’ouvrent des pages de citations où se côtoient poètes, écrivains et hommes de science, anciens et contemporains – Philippe Jaccottet, Pascal, Jean-Pierre Otte, Colette, Gilles Clément, Jean-Christophe Bailly, Francis Hallé, Jacques Tassin, Jean-Henri Fabre, Charles Darwin… et notre cher Dhôtel – évidemment. Ces analectes composent le second livre, qui invite à la lecture et à l’écriture, à l’étude et à l’observation, à la rêverie et à la pensée. Elles témoignent de la richesse et de la diversité des lectures de l’auteure aussi bien que de la dimension à la fois littéraire et scientifique de son projet et de la collection à laquelle il appartient, La Tortue de Zénon, aux éditions L’Arbre de Diane.

N’étant pas en position de juger de l’exactitude scientifique de cet ouvrage, nous n’en dirons rien – mais nous nous fions aux sources renseignées, au sérieux et à l’honnêteté intellectuelle de l’auteure. Pour le reste, certains trouveront sans doute que les anecdotes et les considérations d’ordre personnel prennent trop de place et sont d’un intérêt inégal ; d’autres railleront peut-être certains propos ou le lexique personnifiant auquel recourt souvent Christine Van Acker. Comme beaucoup d’essais littéraires, celui-ci est fortement imprégné de la personnalité de son auteure, ce qui plaira ou déplaira selon les affinités de chacun.

Si l’on est, comme nous, en sympathie avec ses vues et son amour pour le vivant, que l’on s’intéresse à l’homme ou à la femme derrière le livre, que l’on goûte son humour, la légèreté de ton qui affleure çà et là, toujours opportune, et l’ironie dont elle use à l’égard de certaines errances modernes, ce sera un agrément de plus et on lira L’en-vert de nos corps avec un plaisir et un intérêt très vifs. Si l’on est séduit, on se plongera avec autant de profit et d’agrément dans La Bête a bon dos, un livre du même acabit publié chez Corti en 2018, dans la Collection Biophilia – qu’il faut s’empresser de découvrir si ce n’est déjà fait – où elle met également en œuvre l’enthousiasmant programme de Jean-Pierre Otte : « restituer un peu de cette intimité que personne ne partage plus […] recréer la libre circulation entre les règnes » (L’amour en forêt)." Delphine Crahay

Christine Van Acker est une femme de lettres belge dont l’œuvre illustre différents genres : roman, conte, récit, essai, poésie, théâtre. Elle est aussi l’auteure de fictions et de documentaires radiophoniques et anime des ateliers d’écriture. Selon ses propres termes, elle « œuvre dans la littérature comme la taupe aveugle gratte la terre de ses longues galeries vides, rejetant des mots à la surface, résidus de ses avancées dans le cœur de la matière qui la compose, et sans autre espoir que celui de rejoindre l’inanimé, au cœur de toute présence ».

(www.lesgrandslunaires.org)

 

Quelques extraits :

"𝐺𝑎𝑟𝑡𝑒𝑛, l'origine germanique de jardin, signifie 𝑒𝑛𝑐𝑙𝑜𝑠, un lieu préservé, un paradis d'où l'on tire le meilleur, fruits, légumes, arbres, fleurs art de vivre, et même la quintessence de nos pensées."

"Chemin en hélice de la sève aspirée par le haut, flux vital qui se trame derrière la rude écorce : dans les mots de l'arbre pulse une source vive dans laquelle j'aime plonger les mains, puis écrire. Les arbres ne se laissent pas habiter par ces mots savants à l'écriture sèche, plus minérale que végétale."

"L'arbre ne nous montre rien de ce qui l'anime intimement. Il ne possède nul organe vital à travers lequel nous pourrions le tuer d'un simple coup de couteau. Le transport de mon sang s'opère dans la nuit de mon corps comme celui de la sève dans le pommier qui me fait face quand j'écris. Mon sang, j'y songe seulement quand je me blesse ou lorsqu'il me coule entre les jambes. La soif de l'arbre, je la reconnais ; la mienne jamais ne s'étanche."

"L'une des racines de mon écriture, c'est ce désir de révéler ce que je crois voir et ce que je pense deviner."

"Dans un monde où chaque seconde doit être rentable, ce temps passé en compagnie d'une plante ordinaire, minutes étirées pour, en la dessinant d'un geste délié, saisir au mieux son essence, entrer dans la lenteur de ses mouvements imperceptibles, oublier un moment qui nous sommes et pour qui nous nous prenons, conjugue le scientifique avec le contemplatif, le poète, l'artiste."

"L'arbre ne nous montre que la moitié de son être. Le reste, aussi grand qui lui, ramifié, pivotant ou traçant, l'arrime à la terre et lui interdit de marcher. La seule danse qui lui est permise, le vent la lui offre. Je me souviens d'une tempête particulièrement dévastatrice où, avant de se retrouver couchés sur le sol, les sapins avaient été aspirés vers le ciel comme s'ils n'avaient été que de minces crayons d'écoliers. Au cœur de cette danse fatale, ont-ils eu, dans le bref moment d'apesanteur, et avec ce qui leur sert à percevoir, l'impression fugitive d'un moment d'évasion? Ont-ils eu, comme moi, lors de ce passage d'un continent à l'autre, le sentiment conjugué d'une libération et d'une déchirure pendant l'évulsion? Je m'étais déracinée volontairement. Ces gens, contraints à l'exil, où trouvent-ils de la place pour garder ce qui les rattache à leurs pays d'origine, là où ils ont grandi, là où ils ont fait leur premiers pas? S'ils n'en meurent pas, où pourront-ils ranger cette part d'eux-mêmes aussi grande qu'eux quand le partage d'une mince parcelle de notre terre leur est refusé? Comment font ces égarés sans cet organe nécessaire à leur épanouissement, ces arrachés auxquels nos dirigeants ne daignent pas offrir le réconfort d'un seul verre d'eau?"

"Mes racines s'enfoncent dans les profondeurs du monde, à travers l'argile sèche et la terre humide, à travers les veines de plomb, les veines d'argent.

Mon corps n'est plus qu'une fibre. Toutes les secousses se répercutent en moi, et le poids de la terre presse contre mes côtes."

Les vagues, Virginia Woolf

 

Retours des lecteurs :

Je suis contente d’avoir déjà largement profité de « L’en vert de nos corps », gonflé de beautés, de contemplation délicate, roborative, énergique,                                  d’apprentissages pour l’oeil, l’oreille, l’odorat et pour l’esprit : l’érudition légère, l’ironie qui se joue des ombres, l’art de la contemplation vive.                                       La préface de Vinciane est remarquable. Un bel objet, aussi, vraiment.

Caroline Lamarche

 

J'ai adoré. Je n'étais sans doute pas difficile à convaincre. Toutes les préoccupations présentes dans mon travail, sont dans cet ouvrage. 
J'ai beaucoup appris et sans nul doute grâce à ce fabuleux travail je vais pouvoir approfondir ma démarche. 
Faire en conscience ce que l'instinct me pousse à faire. Y être un peu présent c'est beaucoup.

Fabien Mérelle
 
Chère Christine ! Juste pour vous dire combien, depuis quelques soirs, votre écriture me fait vibrer de la racine des pieds au sommet du feuillage…                                                                                                            De quoi prendre une belle distance face à une actualité dévorante ! Merci pour cette écriture incroyable de richesses verbales et de finesse poétique.                                                                                                      Je nous revois au Botanique, lors de notre entrevue et imagine votre corps vibrant à l’appel silencieux des êtres vivants                                                                                                                                                                auxquels nous tournions le dos et dont vous connaissez sans doute les secrets. J’ignorais alors… Quel beau message de vie vous diffusez là !
Olivier B

 

"Il est de bon ton, aujourd’hui, de parler des arbres, de décrire leur ramure, d’évoquer les cycles de la chlorophylle ; voire  de parler aux arbres, de les embrasser, d’évoquer le jeu de la lumière dans leur feuillage, du vent dans leurs branches. Certains les embrassent pour capter un peu de leur puissante énergie. Christine Van Acker s’embarrasse d’une tout autre méthode, à la fois essentiellement scientifique et radicalement subjective : elle se fait arbre au sens ou Goethe se faisait, en le devenant, le chêne épanoui.

Le chêne est un arbre qui peut être fort beau ; mais quel concours de circonstances  favorables il faut pour que la nature réussisse à produire un chêne vraiment beau ! Si le chêne pousse dans un bois touffu, entouré de troncs puissants, toujours il tendra vers le haut, l’air libre et la lumière. Il ne poussera sur ses côtés que de faibles branches, peu nombreuses, et même celles-ci, avec les années deviendront rabougries, tomberont.

Et lorsque, finalement, il sentira que sa cime baigne dans le jour, il se calmera et commencera de s’épanouir en tous sens pour former sa couronne. Mais, à ce moment là, il a déjà franchi la moitié de sa vie : son mouvement de tant d’années vers le haut lui a ravi ses forces les plus saines, et maintenant son effort qui consiste à s’épanouir en largeur n’obtiendra pas un plein succès.

Au terme de sa croissance, il sera haut, fort, élancé, mais entre le tronc et la couronne, il manquera  les justes proportions qui seules pourraient le faire déclarer beau.

De même si le chêne croît en des lieux humides, marécageux, si le terrain est trop gras et qu’il y ait assez de place  alentour, le chêne poussera prématurément des branches et des rameaux en tous sens ; mais il lui manquera les forces nécessaires pour  contrarier et retarder sa croissance.

Si enfin le chêne croît au penchant d’un mont, dans un sol aride et rocheux, il apparaîtra, certes, extrêmement cornu et noueux mais il manquera de libre développement, de bonne heure il se rabougrira, languira à jamais et ne sera tel qu’on puisse dire de lui : cet arbre a quelque chose qui force l’admiration.

Un terrain sablonneux ou mélangé de sable où les racines trouvent à se déployer dans toutes les directions, semble lui être le plus favorable. Et puis le chêne veut avoir assez d’espace pour absorber en lui toute l’action d la lumière, du soleil de la pluie et du vent. Sil croît à l’abri du vent et des bourrasques, il cesse de prospérer ; mais une lutte séculaire avec les éléments ne fait que renforcer sa vigueur, en sorte que, parvenu au terme de son développement, son aspect nous remplit de surprise et d’admiration.

-Ne pourrait-on pas, dis-je, tirer de vos exemples une déduction et dire qu’un être est beau lorsqu’il atteint l’apogée de son développement naturel ?

-Fort bien, repartit Goethe, cependant il faudrait s’abord convenir ce qu’on entend par l’apogée du développement naturel… 

Mercredi 18 avril 1827 Conversations de Goethe avec Eckermann

Passer d’un règne à l’autre m’intimide.

Le transport de mon sang s’opère dans la nuit de mon corps comme celui de la sève qui circule dans le pommier qui me fait face quand j’écris.

Un arbre est pareil à celui dessiné  par Vésale

Il me plaît que l’arbre garde son mystère.

Ainsi s’exprime Christine Van Acker, la femme qui parle le langage  des arbres."

Marc.G

Très beau texte, Christine. Merci pour ce moment de pleine nature en cette période de confinement. A l’écoute, je te vois, de blanc drapée,

couronne de fleurs au front, évoluer entre les arbres, au bord d’une fontaine imaginaire, comptant déjà les pétales d’une saison qui s’ennuie.

J’en oublie que le soleil rage là-haut de briller pour l’absence, pour rien ou presque… s’il raisonnait en humain.

Pourtant sa rogne n’es pas perçue, et derrière ses moustaches de lumière, le sourire du vivre heureux encore n’a rien d’une grimace…

Oui, Christine, tu peux encore de cette manière forcer ma porte ou ma fenêtre. Je tendrai l’oreille et je soupirerai d’un nouveau bonheur d’air pur…                           

Jean-Luc G.

 

JE VOUS REGARDE PARTIR

 partirsoir je vous regardeUn article dans Le Carnet et les Instants 

 

L’écriture de « Je vous regarde partir » a commencé par une proposition d’écriture émanant d’Anne Leloup,

des éditions Esperluète, à destination des auteurs ayant publié chez elle, en vue d’une exposition à la galerie DS  (Bruxelles) :

« Là, d’où j’écris ».

La première chose qui m’était venue à l’esprit, c’était le souvenir de mon père qui m'apprenait à lire

quand j’avais cinq ans, lui qui n’était pas allé plus de trois ou quatre ans à l’école primaire, lui pour qui l’écriture était «utile »,

sans plus.

Assise sur ses genoux, docile, désireuse de savoir ce que cachaient ces signes mystérieux, je suivais le chemin de ses

larges doigts sur les lignes de la La petite chèvre turbulente.

Il dissipait, avec le dévoilement de ce premier livre, la brume qui me cachait l’autre sens des mots

quand ils sont fixés sur le papier. Il ouvrait les portes de mon émancipation.

Il me montrait le chemin de mes futures évasions.

Le bout de ton doigt

s’arrête à chaque mot

le découpe en quartiers

syllabes acides sur ma langue

lettres douces quand

par transparence

elles m’illuminent de l’intérieur

ta main sur ma main

tu me donnes la clé du verger

places pour moi l’escabelle

m’adresses au pommier

m’élèves

ne sais pas que tu me délivres

Mes parents étaient bateliers. Ils préféraient retarder le moment de la séparation.

À l’âge de 8 ans, restée sur le quai, je les ai regardés partir pour entrer à l’école.

Le fil de ce recueil était trouvé.

Depuis mon enfance, j'ai regardé mes parents partir.

Partir avec leur bateau.

S’écarter de mes aspirations personnelles.

Je me suis éloignée aussi, à cause du fossé qui peut se creuser entre deux cultures au sein d’une même famille.

Ils m’ont regardée partir.

Je les ai vu s'approcher de la mort, mourir, et partir encore.

Eux, et d’autres membres de ma famille.

Depuis, lorsque quelqu’un de proche s’en va, je pense que, peut-être, ce sera pour longtemps, ou qu’il ne reviendra pas.

Parce que, tous, nous nous regardons partir.

Photo de Geoffroy De Schutter en couverture.

Sur commande à  :http://maisondelapoesie.com/index.php?page=contact

Ou : distribution@maison de la poésie.com

Ou (pour la Belgique) : https://www.moliere.com/fr/catalogsearch/result/?q=van+acker

Disponible dans certaines librairies (dont Maelstroëm, à Bruxelles, place Jourdan), et à la librairie du Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris.

L'article du Carnet et des Instants (juin 2019) :

On le sait, les femmes écrivains accordent une attention éminente à la relation entre l’enfant qu’elles furent et leurs parents, leur mère en particulier. Cette remémoration peut prendre diverses tournures, généralement plus proches de la récrimination que de l’idéalisation. Christine Van Acker, quant à elle, adopte une position tout en nuances, combinant le reproche et la tendresse, l’apitoiement et la perplexité, la souffrance et la joie de vivre. Plutôt que la formule du récit, elle a choisi celle du recueil de poèmes, plus libre, plus fragmentaire, non sans analogies avec le journal intime – un journal inspiré en l’occurrence non par les faits actuels, mais par le souvenir des faits passés, de l’enfance de l’héroïne à la mort de ses parents. Je vous regarde partir, toutefois, présente une structure non pas diariste mais ternaire et dyschronique. En effet, jusqu’à la p. 17, les poèmes évoquent le grand Départ et le deuil qui s’ensuit. Des pages 18 à 40, on assiste à un retour en arrière vers l’époque de l’enfance. La dernière partie, enfin, cible la période du vieillissement et de l’agonie. Cette tripartition non linéaire montre clairement que, en matière de questionnement autobiographique, la recherche du sens est de nature foncièrement rétrospective : c’est après-coup seulement que, l’irrémédiable étant advenu, le sujet peut procéder à une tentative de bilan mémoriel et affectif, où la vie cède le pas au vécu. « Vous emporterez avec vous / ce qui nous regarde / et ne vous appartenait pas ».

La mère, au fil des poèmes, apparait une femme modeste, confinée aux tâches ménagères, à la répétition quotidienne des mêmes gestes. Elle est surtout une infirme de la parole et de l’écrit : « tu signes d’une croix », « ta bouche écorche les mots ». Ainsi se rattache-t-elle à toute une lignée, avec cette grand-mère qui « patoisait en toutes langues » et « qu’on disait idiote / faute de belle parlotte », cette arrière-grand-mère prénommée Lorenza, toutes ces « femmes de petits intérieurs » qui composent un matriarcat aussi discret que fort, une communauté que marquent comme autant d’emblèmes la préparation des repas, le nettoyage, l’insistance sur les linges et les étoffes : serviette hygiénique, tablier, torchon, chiffon, tricot, pattemouille, mouchoir, drap, linceul.

S’il n’est pas davantage éloquent, le père guide sa fillette dans l’art magique de la lecture, qui ne tarde pas à la passionner. C’est ainsi que, peu à peu, l’écart se creuse entre l’enfant qui conquiert le langage verbal et des géniteurs qui le maitrisent mal, de sorte que s’accumulent les non-dits, épinglés dans le refrain maternel « il ne faut pas parler de ça » ou dans les vers « je vous regarde marcher / les débris de mon enfance / un gravier / vous ferait le même effet ». Le motif de la parole parentale défaillante imprègne le recueil tout entier, source de frustration et de reproche, mais sans aller jusqu’au vindicatif : le style est plutôt aigre-doux, jamais acerbe, évitant avec soin d’appuyer trop sur les points sensibles.

Devenue adulte, l’héroïne devenue écrivaine assiste à l’inexorable vieillissement de ses deux parents. « Combien de journées / vous reste-t-il / les mains sur la rampe / en descentes prudentes / en lentes remontées ? » Mais là ne s’arrête pas le travail mental de l’accompagnement filial. « Nous vous retenons / sans savoir pourquoi », « nous en voulons plus / de vous / de notre secret / caché au fond de vos reins ». De ceux qui vont bientôt mourir, le « je » s’obstine donc à espérer quelque révélation – sur le sens qu’ils donnent à leur vie finissante, et surtout au fait d’avoir donné la vie. Mais elle sait que cet espoir est vain, qu’ils ne sont pas à même de prononcer de telles paroles. Dès lors, il ne resterait plus qu’à faire preuve de fatalisme, accepter de vivre définitivement dans le manque : « je vous laisse partir / à la pointe de votre disparition ». Mais l’auteure ne veut pas se contenter de cette belle sérénité. En témoigne cette banane dont le vieux père abandonne la pelure, après quoi « en bonne forme, nous pouvons alors assister à l’enterrement de ce qui reste de ma mère ». Quant à sa mort à lui, elle est tournée en dérision par le truchement d’une comptine : « à dada / mon papa / il est tombé dans le fossé / mort et enterré ». Bref, les propos tenus dans ces pages sont profondément ambivalents, combinant la tendresse et la rancune, laissant béantes maintes questions névralgiques. « Avec moi / elles laissent naître l’enfant » conclut la dernière page, répondant à l’épigraphe initiale : « naître, qu’est-ce ?  – Échouer sur un bas-fond » (Marina Tsvetaïeva).

Daniel Laroche

Les avis des lecteurs :

J’ai lu Je vous regarde partir cet après-midi. Très très beau texte, très émouvant. C’est beau, cette inscription dans la chaîne de celles qui nous ont précédé. C’est beau ce regard sur leurs vies petites. Tu rends avec beaucoup de justesse
cette atmosphère des maisons et des univers modestes, que j’ai connus moi aussi
chez mes grands-parents ou chez des tantes, ces vies à frotter leur intérieur
(ma mère disait « quand on est propre sur soi, on est propre à l’intérieur" ...
et moi, elle me trouvait sale...). Une belle langue aussi, qui dit les choses en silence comme le silence de ces univers
où on entend juste le tic-tac de l’horloge. Bref, un beau livre de femme, un bel hommage aux mères! Véronique.D

'poésie' 'famille' 'mort'

Christine Brisset, ou Le peuple d'ici-bas (subventionné)

portrait3 

En 2018, lors d’une résidence d’écriture, à Angers, j’ai découvert l’existence de Christine Brisset. 

Quelques mots de la part des personnes qui m’accompagnaient dans les quartiers de Belle-Beille ont suffi pour qu’elle ne me quitte plus.

Après la guerre 1940-1945, de nombreuses personnes se retrouvaient dans des conditions de vie insalubre dans les ruines des maisons bombardées.

Quelques années plus tard, leur situation n’avait pas changé. Christine Brisset, Antoinette Kipfer de son nom de baptême, en fera son cheval de bataille.

Ce seront 800 squats, puis la mise en œuvre d’une cité Castor. Au total, on parle de 12 000 personnes relogées grâce à sa désobéissance nécessaire.

Une cinquantaine de procès, où elle se défendait, la plupart du temps, seule, ont suivi.

Nous étions à l'époque de l'appel de l'Abbé Pierre. Il est resté dans les mémoires ; elle n'est plus que le nom d'un petit square, à Angers.

Je suis donc retournée à Angers, l’année suivante, pour y déchiffrer les documents qui ont été confiés aux archives de la Ville.

J’ai également rencontré Jean-Michel Arnold, son fils (mort quelques mois plus tard), ainsi que quelques-uns de ses proches.

J’ai tenté de marcher dans ses pas, en m’adressant à elle. J'ai essayé de comprendre pourquoi il fallait que j'écrive à son sujet, pourquoi elle ne descendait plus

de mon épaule sur laquelle elle s'était posée ? J'ai rencontré d'autres femmes qui, comme elle, continuent de désobéir (squats à Angers, hébergeuses de migrants...).

Des femmes ordinaires qui n'ont pu faire autrement. Et, j’ai compris que Christine Brisset ne pourrait mourir complètement tant que la Justice restera injuste.

Jusqu'à la fin des temps, j'en ai bien peur.

Intervenants :

  •     Jean-Michel Arnold (fils de Christine Brisset)
  •     Catherine Bourdet (amie de la famille)
  •     Marie-José Jaubert (réalisatrice du film « On l’appelait Christine »)
  •     Jean-Luc Marais et Marie Anne Guéry (historiens)
  •     Milady Renoir (activiste bruxelloise, Voix des sans papiers)
  •     Frédérique Maîtreheu (coordinatrice d’un mouvement squatters à Angers)
  •     Christine Van Acker (productrice, réalisatrice, monteuse et autrice)
  •     Thierry Van Roy (Mixeur)

Durée : 52’

1 : les squattages

2. les Castors 

3. les procès 

Un projet soutenu par le fonds d'aide à la création radio de la Fédération Wallonie-Bruxelles et par Gulliver : une action conjointe de la RTBF, de la RTS,

de la Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et de la SCAM-SACD Belgique et France.

 Le retour d'une auditrice :

Quant à moi, j'ai écouté la première partie de ton documentaire sur "la passionaria des pauvres" et je dois dire que le sujet, me tenant à cœur et l'action extraordinaire d'une seule femme m'ont émus. Les moments de témoignages du fils sont aussi prenants, ironiques, à la fois doux et incisifs, et j'ai regretté d'apprendre sa mort, dont tu fais mention au générique. J'y ai trouvé aussi un bel écho à ce que nous vivons aujourd'hui avec les inégalités qui se creusent. Ici, à Montreuil, dans le 93, il y a heureusement un grand élan de solidarité pour loger les sans-abris et nourrir les familles en difficultés mais c'est incroyable tous ces gens qui vivent sous le seuil de pauvreté, ça ne devrait pas exister. Et pourtant on a un système d'aide que les autres nous envient. Les paradoxes sont légions depuis le début de la crise sanitaire, avec ce pouvoir caméléon qui dit tout et son contraire et endort notre réflexion. Ton documentaire tombe au bon moment pour réveiller les cœurs et les esprits, j'ai envie de dire. Hâte de découvrir les deux autres parties. J'ai toujours aussi une grande admiration pour ces destins (d'hommes ou de femmes) qui n'ont peur de rien et fonce, par conviction, nécessité, comme si quelqu'un, quelque chose les avait appelé. Christine Brisset est de ceux-là.

Et je viens d'écouter le second volet qui entre davantage dans "les maisons". Cela m'a énormément plu, le thème de la maison étant aussi celui de mon mémoire de cinéma, étudiante. Ici, sur un volet davantage social, c'est passionnant d'entendre comment Christine Brisset s'est débrouillée pour convaincre des personnes hauts placées d'habiter les maisons vides, de faire construire, comment elle a conçu aussi ce projet Castor. J'adore quand tu dis que d'habitude derrière tout grand homme se cache une femme, et que là, c'est le contraire. Ce qui est aussi émouvant (et rageant quelque part) c'est à chaque fois le pont que tu fais avec aujourd'hui ; comme si rien n'avait vraiment bougé, que l’État était sourd et la répression intacte. Les témoignages des "squatteurs", "sans-abris" apportent autant d'informations que d'émotion, ce petit par ex qui dit qu'il fait ses devoirs à la bougie. Tu te dis "ah ouais, aujourd'hui !". J'aime beaucoup aussi l'utilisation de la musique : sans être envahissante, elle apparaît au bon moment pour accompagner, guider une sensation qui affleure par les mots et l'information donnée, la subtilité est au rendez-vous et ça j'adore. Bravo, surtout pour la patience, les recherches, les interlocuteurs rassemblés, tu t'es vraiment fondue là-dedans pour mettre sur le devant de la scène le travail d'une femme que l'on devrait davantage connaître !! La naissance, la mort et tout ce qu'il y a entre est à toi, si seulement on pouvait toujours le garder en tête, cette parole de maman éclairée. Que tout cela, encore une fois, raisonne avec ce que l'on vit dans cette crise sanitaire inédite.

Je m'en irai demain pour le troisième volet, avec grand et curieux plaisir.

Aller jusqu’en correctionnelle parce qu’on veut faire le bien ? – je ne comprends pas, et je ne comprendrai jamais. Ce volet juridique, et psychologique est peut-être le plus sombre, le plus réaliste des trois, le plus dur à entendre. Particulièrement le témoignage de la journaliste de la jungle de Calais, avec cette expression « succursale de décathlon » que j’ai bien aimée. Les procès d’hébergeurs ne devraient pas exister, ni détourner l’aide et le partage en mot de « trafic d’être humain » qui fait froid dans le dos. Je retiens encore une fois les derniers mots du fils Jean-Michel Arnold, dont le rapport à sa mère Christine, plein d’amour et de leçon de vie vaut à lui seul toutes les batailles. Le bonheur par le partage, c’est peut-être tout simple, mais il faudrait se le rappeler à chaque instant.

Christine dans l’ombre de l’Abbé Pierre, dont j’aime par ailleurs l’idée de compassion, moi qui ne suis pas forcément pour la violence des batailles. Mais parfois, lorsque l’on est une femme, à qui l’on met des bâtons dans les roues gratuitement, c’est la seule voie possible. On entend bien l’épuisement de Christine. Tellement humain. Ce serait chouette de faire un film de fiction sur elle, même si ce n’est pas ton endroit, ni celui de ceux qui la connaisse et partage son combat. Mais je ne sais pas, parfois la fiction est là aussi pour ne pas éteindre une personnalité, que le rêve qu’elle porte se perpétue. Bon, c’est mon point de vue car je suis trop (sans doute) friande de fiction.

Quoi qu’il en soit, je pense à un film, que tu as peut-être vu, et qui pourrait te parler suite à ce travail mené : « Les invisibles » de Louis-Julien Petit avec Corinne Masiero, elle aussi militante qui défend becs et ongles les plus vulnérables malgré (et en se servant de) sa notoriété.

Merci encore Christine pour ce voyage, cette parole nécessaire. Au plaisir de te lire de nouveau et d’écouter tes futures productions.

Florence V.

 

© Les Grands Lunaires, 2020

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