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POUSSE POUSSE (3 personnages)

Cette pièce a été jouée en 2008, par les élèves de Laure Chauvaux, Académie de Bouillon.

Depuis 2011, une adaptation, "Où vas-tu Mamy?" est jouée par les élèves de Laure Chauvaux dans diverses maisons de retraite.

Trois vieux sont là pour surveiller trois pots où quelque chose... devrait pousser.

Leur présence est le prétexte pour parler de la mort qui ne va pas tarder et de ce qui viendra ensuite et ne les concernera plus. Néanmoins, leur dernière mission sur terre est de veiller à ce qui « poussera», peut-être, pour les générations à venir.

Poussera ? Poussera pas ?

Comment fait-on déjà pour faire pousser ?

Qui est-on quand on ne fait rien pousser ?

Une pièce qui devrait, dans l'idéal, être jouée par de « vrais vieux » pour un public mixte, enfants et grands-parents (dans des maisons de retraite, par ex).

 

Scène 1

A. - Poussez pas ! Poussez pas ! On y va ! On y va !

C. - Ma couverture, ma couverture !

B. - Mes lunettes, mes lunettes !

A. - Y'a plus d'jeunesse !

B. - Si c'est pas malheureux... de mon temps...

A. - Comme c'est petit !

C. - Comme c'est laid !

B. - Comme c'est sombre !

C. - Ça sent mauvais...

A. - Ça manque d'air !

C. - Comme il fait froid !

B. - Mesdames, puisqu'il semble que nous allons devoir cohabiter quelque temps ensemble,

permettez-moi de me présenter...

C. - Ne vous donnez pas cette peine, Monsieur... pour le peu de temps qu'il nous reste...

B. - Voyons, voyons, madame... Madame ?

C. - Appelez-moi... ma... mademoiselle ! Si ça vous vient tout seul... bien sûr...

B. - Et vous... vous qui ne dites plus rien... vous êtes... madame... ? Mademoiselle... ?

A. - Ne m'appelez pas, ce sera plus simple !

B. - Bon ! Bon... Bon. Vous permettrez tout de même que j'écrive mon nom sur mon petit

calepin... au cas où je viendrais à l'oublier... ?

Vous devriez faire la même chose !

C. - Le gaz ! Le gaz ! Je faisais de la soupe... et... j'ai oublié de couper le gaz !

A. - Tiens... Est-ce que j'ai fermé à clé ?

Je ne trouve plus mes clés !

B. - Moi non plus... je ne trouve plus mes clés !

C. - La soupe va déborder !

A. - Ils ont pris nos clés. Ils ont pris nos portefeuilles. Ils ont pris nos sous. Ils ont pris nos

téléphones. Ils ont pris nos télévisions. Ils ont pris nos maisons.

C. - La maison va brûler !

Scène 2

(On leur amène une caisse)

A. - Qu'est-ce que...

C. - ...c'est...

B. - ...ce sont... C. - ... des pots ?

A. - Des pots ?

C. - Des pots ! B. - Et... et... des... des... ?

A. - Des graines !

C. - Oui, c'est bien ça, des graines, des semences !

B. - Comme c'est curieux...

A. -Comme c'est étrange...

C. - Vous avez dit « des oranges »?

A. - Comme c'est bizarre !

C. - Non, il n'y a pas de hasard ! Si ces pots sont là, ça n'est pas pour n'importe quoi...Oh,

regardez... Un mode d'emploi...

B. - Un mode d'emploi ! Regardez-moi ça... Un mode d'emploi... un mode

d'emploi... c'est... c'est fait pour être « employé » ! Voilà une raison de plus pour prendre notre mission au sérieux, « mademoiselle » et... Au travail ! (ils sortent des tas d'accessoires pour le jardinage, tenues de jardinage,...)

A. - Alors... Il n'y a plus qu'à s'y mettre !

(ils suivent « scrupuleusement » les étapes du mode d'emploi jusqu'à...)

C. - Il manque une page ! Regardez !

A. - Ben oui... ? Il manque une page !

B. - Montrez... On a déjà fait le début ! C'est déjà pas mal !

A. - Et après... ?

B. - Après ? On verra !

C. - On verra, oui, on verra...

A. - Et après... ?

B. - Ça ... Vous l'avez déjà dit !

(chacun plante à « sa » manière « sa » graine dans « son » pot)

Scène 3

A. - Qu'est-ce que vous allez-faire, vous, après ?

B. - Après ?

A. - Quand vous serez « décédé » !

B. - « décédé » ? Ah ! Bah ! Sauter !

C. - Sauver ?

B. - Sauter ! J'ai toujours rêvé de jouer à saute-nuages. Je sauterai par-dessus les nuages.

A. - Ah ? Parce que, là, vous saurez sauter ?

B. - Bien sûr que oui ! Et je pourrai faire pipi partout sans qu'on ne me dise plus rien.

C. - Oh, ben moi, j'enfourcherai bien la queue d'une comète, tiens...

A. - Ça doit faire froid au derrière, ces machins-là !

C. - Si c'est si froid que ça, j'en mangerai bien aussi un petit bout... Vous ne voudriez pas

connaître, vous, le goût de la comète à la crème fraîche ?

A. - Moi, je n'irai pas me compliquer la mort, j'irai manger les pissenlits...

B. - Les pissenlit ?

C. - Les spaghettis ?

A. - Les pissenlits... par la racine ! Ça ne doit pas être si mauvais que ça ...

B. - Vous ne trouvez pas ça trop « classique », vous ?

A. - J'ai des goûts classiques, moi. Je ne fais pas la difficile, moi. Vous savez, on a beau

inventer des tas de trucs nouveaux, le résultat est le même !

C. - C'est vrai que la mode... moi, la mode, ça n'a jamais été mon truc, non plus !

A. - Eh bien... vous savez ?

B et C. - Oui ?

A. - Moi... J'irai manger les pissenlits par la racine !

B. - Ça, vous venez de le dire.

A. - Je le sais bien que je l'ai déjà dit.

C. - Alors pourquoi vous le dites encore ?

A. - Parce que je ne savais pas encore que je l'avais déjà dit au moment où je l'ai dit. Après, quand je l'ai dit, je me suis souvenue de l'avoir déjà dit... et alors, à ce moment-là, je me suis dit que je l'avais déjà dit.... mais c'était trop tard... : je l'avais encore dit et je ne pouvais plus ne pas le dire puisque je l'avais dit sans savoir que je l'avais déjà dit.

C. - Ma pauvre... Comme c'est embêtant...

A. - A notre âge, on ne se refait plus...

C. - C'est vrai ça, on ne se refera plus.

B. - Vous aimeriez vous refaire, vous ?

C. - Bien sûr que oui que j'aimerais ça, me refaire ! Mais je ne me referai pas moi-même. Je

me ferai refaire par d'autres. J'aurais bien aimé avoir des gros seins en silicones bien

relevés, et qu'on me rabote mes grosses fesses pour en avoir des toutes petites, bien

fermes, et j'aurais bien voulu aussi une belle chevelure blonde oxygénée, et, et ! une jeunesse inoxydable.

B. - Vous savez, en vieille casserole, vous n'êtes pas mal du tout...

C. - Quoi ?

B. - En vieille, vous n'êtes pas mal non plus... Moi, j'ai toujours bien aimé les femmes avec

des grosses fesses !

A. - Vous êtes un sale macho, vous !

C. - Je ne suis pas une femme-objet, moi !

B. - Parce que les seins en silicone, ça n'est pas des objets, ça ?

C. - Non, Môssieur, les seins en silicone, c'est de l'art !

A. - Faut-il qu'il y ait encore des pissenlits !

C. - Pardon ?

A. - C'est rien ! C'est rien ! Je pense tout haut !

C. - Ben, vous pensez fort, vous !

Scène 4

A. -Vous aimeriez qu'il y ait de la musique, vous ?

C. - Où ça ?

A. - A l'église, le jour de votre enterrement ?

C. - Pourquoi pas, et que tout le monde fasse un petit pas de danse devant ma bière.

B. - Et qu'ils aillent tous boire un coup, à ma santé !

C. - Moi, je verrais bien... une épitaphe... sur ma tombe... quelque chose de poétique...

B. - Moi, je voudrais qu'on incline la pierre tombale pour mes petits enfants viennent y faire du toboggan.

A. - Comme ça vous pourrez être sûrs qu'ils viendront vous voir.

B. - Et ça me plairait bien que çà rigole, là, au-dessus de ma tête. Je ne vois pas pourquoi...

C. - Et puis des fleurs, beaucoup de fleurs... J'ai toujours aimé les fleurs...

A. - Vous savez, des fleurs, au temps d'aujourd'hui... ça ne court plus les rues ! Une couronne en plastique, c'est bon !

B. - Eh ! Le plastique, le plastique... Faut-il qu'il y ait encore du plastique pour faire des

fleurs en plastique !

A. - Des couronnes en pierre alors ! De la pierre, il y aura toujours de la pierre !

B. - De la terre, il y aura toujours de la terre !

C. - Du feu, il y aura toujours du feu ! Le gaz ! Ma soupe ! Ma maison !

Scène 5

A. - Ça pousse, chez vous ?

B. - Ben non, ça ne pousse pas ! Pas encore !

C. - Ça pousse chez vous ? Chez moi, ça ne pousse pas.

A. - Ça ne pousse pas ! Qu'est-ce qu'il faut faire pour que ça pousse ?

B. - Je ne sais pas. Manque une page ! A. - On ne m'a pas dit comment il fallait faire pour que ça pousse ?

C. - On vous a dit, à vous, comment il fallait faire pour que ça pousse ?

A. - Et à vous, on vous l'a dit comment il fallait faire pour que ça pousse ?

C. - Moi ? Comment il faut faire ? On ne me dit jamais rien à moi !

B. - C'est pas vrai, on doit tout vous répéter deux fois !

C. - Pardon ?

B. - On doit toujours tout vous... Non, rien, rien... Je ne vous ai rien dit !

C. - Vous voyez bien ... On ne me dit jamais rien à moi...

Scène 6

A. - Du temps de mes parents, si je me souviens bien... on donnait à boire à ces machins-là ?

B. - Il me reste bien un fond de Whisky... On pourrait peut-être le leur donner...

C. - Moi, j'ai... j'ai... encore une lichette de (un alcool local).

A. - Non, je pense plutôt qu'on leur donnait quelque chose comme... comme... du lait ?

C. - Non, pas du lait... pas du lait... De l'eau ! Oui, je me souviens bien maintenant : c'était

de l'eau !

B. - De l'eau, quelle horreur ! Vous allez les faire crever !

C. - Et de la lumière, non ?

A. - Oui, oui, aussi... de la lumière... de la lumière et de l'eau !

B. - Si nous les mettions sous l'abat-jour.

A. - Et la nuit ?

B. - Ben... nous éteindrons, tiens !

A. - Bon ! Distribution des rôles : vous, vous prenez le premier quart, puis vous, le

deuxième et moi, je prendrai le dernier !

C. - Un quart de quoi ... ?

B. - Un quart de tarte !

A. - Nous nous relaierons pour éteindre et allumer l'abat-jour !

C. - Mais... la tarte... pourquoi faire de la tarte ?

A. - La tarte, c'est vous !

C. - Ah ! Fallait le dire plus tôt ! Et si l'ampoule pète ?

A. - Ah... si l'ampoule pète... Quelqu'un a une ampoule ici ?

C. - Ben... non...

B. - On mettra une bougie... J'ai gardé toutes mes bougies d'anniversaire, tenez ! (B en sort tout un paquet)

C. - Ben dites-donc !

B. - Comptez : 1 an, une bougie, 2 ans, 2 bougies, ça fait...? Ça fait... 3 bougies !

3 ans, 3 bougies, 4 ans, 4 bougies... ça fait ? Ça fait... 10 bougies !

C. - 5 ans, 5 bougies, 6 ans, 6 bougies, ça fait 21 bougies !

A. - 7 ans, 7 bougies, 8 ans, 8 bougies, ça fait 36 bougies ! 36 chandelles !

Sans indiscrétion, ça vous fait quel âge aujourd'hui ?

B. - Comptez les bougies !

C. - Tiens... Mais bon sang... Mais oui ! Il me semble que c'est aujourd'hui mon anniversaire... Nous sommes bien le (date du jour).

A. - Oui, oui, le ... (date du jour)

C. - Ben, oui, c'est aujourd'hui !

(les autres ne réagissent pas).

B. - Et, sans indiscrétion, quel âge avez-vous donc, Mademoiselle ?

C. - Ça me fait... ça me fait... Je ne sais plus ! Dans les...? Ou les... ? Oh oui, certainement !

A. - Pour l'épitaphe... ne tardez pas trop !

C. - Quand je pense que j'en ai tant et que certains n'en ont pas assez ! Ça n'est pas juste !

Scène 7

A. - Ah... ah... je crois que...

B. - Ça y est ?

C. - Ça y est, ça y est ?

A. - Ah ! Non ! Ça y est pas !

B. - Ça y est pas !

C. - Quoi ?

B. - Ça y est pas !

A. - J'aurais cru... J'ai presque vu...

B. - Je n'ai jamais compris pourquoi ils nous ont confié ça, à nous... ? A nous !

A. - Ils savent bien ce qu'ils font, va ! Faut pas s'en faire pour ça. Ils ont toujours su !

C. - Ça ne s'arrêtera donc jamais... Ils ne nous laisseront donc jamais tranquilles, nom dézo !

A. - Allez-y ! Allez manifester ! Ça sera du beau !

B. - Et si nous faisions la grève ? Fini les pots ! Ils n'ont qu'à s'en occuper eux-mêmes !

A. - Vous savez ce qui nous attend si nous désobéissons...

C. - Oh non, pas ça !

B. - Pas ça... non ...

A. - ... ce qui nous attend... si !

Scène 8

B. - Allez ! Chacun prend cinq minutes pour écrire l'épitaphe, vous d'elle et elle de vous.

OK ! Partez ! Eh ! Vous ne pouvez pas regarder dans le dictionnaire des citations ! Vous

devez inventer !

Ça y est... ?

C. - Non, non, encore un petit peu...

B. - Trente secondes... (décompte).

A. - Voilà ! Je l'ai ! Je l'ai ! Eh eh ! Eh eh !

C. - Pourquoi me regardez-vous comme vous le faites, en faisant « Eh eh ! »

A. - Ah ! Vous verrez bien...

C. - Vous, vous n'êtes pas mal non plus ! « Eh eh ! »

B. - Qui commence ? Bon ? Alors ?

A. - Je peux ?

C. - Allez-y !

A. - Hé hé hé hé !

B. - Accouchez !

C. - Allez-y ! Je suis tout ouïes !

A. - Alors... « Ici repose une femme sourde comme un pot. Comment ? Sourde comme un

pot ! »

C. - ( à A) Attendez un peu que je vous lise la vôtre... « Eh eh eh ! »

B. - TOP !

C. - Hum hum ! « Ci-git une femme sans âge et sans mémoire. Ci-git une femme sans âge et

sans mémoire. Ci-gît une femmes sans âge et sans mémoire.... Ci-gît... »

A. - Ah ah ah ah !!! Très drôle ! Très drôle ! Allez-y ! Allez-y !

Scène 9

C. - Il me semble avoir entendu dire un jour...

A. - Ça devait être « il y a bien longtemps »

C. - Qu'est-ce que vous dites ?

A. - Non, non, rien rien...

C. - Je vous le disais, on ne me dit jamais rien à moi !

Il me semble avoir entendu dire... un jour... J'étais encore bien jeune... que c'était

bon, pour eux, les pots, de leur parler... de leur faire entendre de la musique.

B. - ... leur faire entendre de la musique, en voilà une bonne idée ! Si nous leur chantions

un petit canon à nous trois !

A. - Oh ! Moi, je chante comme une vieille casserole...

C. - Vous savez, j'ai toujours entendu dire que c'est dans les vieilles casseroles qu'on...

A. - ... fait la meilleure cuisine, oui ! Mais la mienne, elle est plus que vieille,

elle est trouée !

C. - Alors... là...

B. - Ça ne fait rien ! Oublions tout ça ! Oublions que nous sommes fichus et chantons tout de même !

C. - Si nous le faisons avec notre coeur ça marchera !

Suffit de le vouloir ! Moi, je suis prête ! A vos ordres, capitaine !

A. - Moi... Je n'oserai pas... Non, non... faites ça sans moi... Moi, je chante comme...

B. - Allez... Un effort...

C. - C'est pour les pots...

B. - Pour les pots, oui, c'est pour les pots !

A. - Pour les pots ?

B. - Oui, pour les pots.

C. - Pour les pots.

B. - Allez !

C. - Voyons...

A. - Bon... Ben... Si c'est pour les pots... Alors... A vos ordres capitaine ! Mais vous

savez... je chante comme...

B et C : ... comme une veille casserole trouée !

B. - Je vous le chante une fois d'abord : « Pousse pousse poussette,

coup de pouce en douce

Pousse pousse poussette,

ramasse toute ta mousse »

Sors, sors d'ta housse

laisse donc là ta gousse

montr' à tous ta frimousse

lâche, lâche, ta frousse ! »

Prêtes ? Répétez après moi :« Pousse pousse poussette,

coup de pouce en douce

Pousse pousse poussette,

ramasse toute ta mousse »

A. - « Pousse pousse poussette

coup de pouce en douce

Pousse pousse poussette

ramasse toute ta mousse »

C. - « Pousse pousse doucette,

coup de mousse en rousse

Pousse pousse fourchette,

calebasse roule ta mouche »

C. - Mais ça ne veut rien dire du tout votre chanson !

A. - C'est vous qui déformez tout : « Pousse pousse poussette,

coup de pouce en douce

Pousse pousse poussette,

ramasse toute ta mousse »

B. - Très bien, très bien... : « Pousse pousse poussette,

coup de pouce en douce

Pousse pousse poussette,

ramasse toute ta mousse »

Allez-y, vous toute seule ...

C. - « Douche douche mouchette,

mou des fesse en louche

douche, douche mouchette

embrasse ta ramasette ».

A. - Elle va tout faire rater !

B. - Bon ! Moi, je propose que vous fassiez les gestes, juste les gestes ! D'accord ?

C. - Que je prenne les restes ? Pourquoi moi ?

A. - Faire les geste ! Les gestes !

C. - Ah ! Les gestes ! Fallait le dire plus tôt ! On ne me dit jamais rien à moi !

B. - Alors... La suite... (à C) et vous, les gestes, trouvez des gestes :

« Sors, sors d'ta housse

laisse donc là ta gousse

montr' à tous ta frimousse

lâche, lâche, ta frousse ! »

A vous l'honneur !

A. - (pendant que C fait les gestes):« Sors, sors d'ta housse

laisse donc là ta gousse

montr' à tous ta frimousse

lâche, lâche, ta frousse ! »

C. - Ça ne veut rien dire... Ça ne veut rien dire...

B. - Incroyable ! Incroyable ! Du premier coup ! Sans vous tromper ! Dites-là en entier pour voir ?

A. - (répète la chanson en entier pendant que C fait les gestes)

B. - Inouï, insensé ! Votre mémoire, votre mémoire est infaillible !

A. - (répète la chanson en entier pendant que C fait les gestes)

B. - Oui ! Oui !

A. - (répète la chanson en entier pendant que C fait les gestes)

B. - Oui, oui... Ça va... Ça va...

C.- Vous l'avez déjà chanté !

A. - Comment ça je... Ah oui ! C'est vrai ! J'avais déjà oublié que je l'avais déjà chanté et

c'est quand je l'ai déjà chanté que je me souviens que je l'ai déjà chanté et c'est trop tard

pour ne plus le chanter puisque je l'ai déjà chanté, alors... c'est chanté ! Tant pis !

C. - Moi, je veux bien faire les gestes, mais bon !

B. - Je pense que nous sommes prêts.

A. - « prêtes » !

B. - « prêt »!

A. - « prêtes »!

B. - « prêt » ! « prêt » !

A. - Nous sommes deux, vous êtes tout seul, nous sommes « prêtes » !

C. - Alors... ? C'est pour aujourd'hui ou pour demain ? Je suis prête, moi !

B. - Prêt.....tttttttes !? Allons-y !

(A et B chantent tandis que C mime)

Scène 10

C. - Regardez ! Regardez !

B. - Non de nom...

A. - C'est pas Dieu possible !

B. - Ça... ça, ça... ça alors !

C. - Je vois un petit quelque chose qui veut sortir...

A. - Et dans le mien... Oui, oui, dans le mien aussi, ça sort !

C. - Laissez voir ! C'est vrai ça que ça sort !

B. - Moi aussi, moi aussi !

TOUS. - Ça y est ! C'est sorti ! C'est reparti !

B. - C'est sorti, c'est reparti...

A. - Nous avons bien fait de leur mettre l'abat-jour !

C. - Et de leur donner de l'eau...

B. - Et de leur chanter !

C. - Et de leur faire les gestes !

B. - Nous avons bien fait ! Nous sommes encore bons à quelque chose...

A. - Et... et... une fois que ça sera poussé... vous ne croyez pas qu'ils nous... qu'ils nous...

B. - Qu'est-ce que vous voulez dire ?

A. - Ben... Je sais pas, moi... Une fois notre mission terminée... vous ne craignez pas que...

qu'ils... qu'ils nous...

B. - Vous n'avez peut-être pas tout à fait tort !

A. - Maintenant que ça sort, faudrait peut-être mettre un peu moins de lumière...

C. - Donner moins d'eau...

A. - Surveiller ça de plus près...

B. - Ne plus chanter.

C. - Ne plus faire les gestes.

A. - Ne pas laisser ça filer !

B. - Attendez ! C'est pas parce que çà commence à pousser que ça poussera jusqu'au bout...

C. - Non... c'est aussi vrai, ça...

B. - Mais, bon, restons vigilants ! Compris ?

C. - Compris !

A. - Compris...

B. - Et mon épitaphe... Vous ne voulez pas la connaître, mon épitaphe ?

A. - Allez-y... ça risque de servir bientôt !

B. - « Paix à mes cendres, ne pas éternuer. »

Scène 11

A. - Je m'ennuie...

C. - Tricotez une écharpe...

B. - Rangez les pots...

C. - Dessinez les pots

B. - Faites des pots croisés...

A. - Je vais vous montrer mes opérations !

(à C) Observez bien... ici... là ! Mon oeil... Mon oeil, vous savez ce que c'est ?

C. - Non ?

A. - Du « méthacrylate de méthyl »...

C. - Ah ! Oui, oui, oui ! Du... « métacravate de... »

A. - Et là ! Ça, cette petite ligne blanche, c'est quand on m'a mis une rotule en

polyéthylène ... Un genou comme neuf !

C. - On ne remarque presque plus rien...

A. - Vous voyez encore quelque chose, vous ?

C. - Oh, non... presque... C'est vraiment bien fait cette... cette « polygamie » !

A. - Et, vous n'avez encore rien vu ! Ici ! Plus haut ! Là ! Ça, c'est quand on m'a remplacé la hanche. A présent, j'en ai une en « cotyle synthétique ». Très « tendance » en ce moment.

B. - Une démarche de jeune fille...

C. - C'est assez discret, ce... « cotylédon magnétique » !

A. - (à A) Vous ne voulez pas regarder ?

B. - (fait signe que non) A. - Et ! Vous n'avez encore rien vu ! Ici ! Plus haut ! Plus haut ! Là ! L'appendicite...

C. - Ça, c'est une belle appendicite !

A. - Et, plus haut ! Plus haut ! Plus haut ! Ma césarienne... C. - Oh !

B. - Vous me direz quand ce sera homme admis !

A. - Et ! Plus haut ! Mon implant mammaire en silicone !

C. - Une vallée profonde...

A. - Et ! Là... c'était...

Je m'ennuie !

C. - Et vous, monsieur ? Vous avez aussi des belles cicatrices à nous montrer ?

B. - Non, madame, je suis intact ! Je n'ai jamais trop aimé les charcuteries. Et vous, Mademoiselle ? Avez-vous pratiqué, comme... comme... l'art chirurgical ?

C. - Non, monsieur, je n'ai pas d'animal... ?

A. - Elle ?! Ecoutez-moi bien, Monsieur ! Ecoutez... Quand elle se couche, elle débranche son appareil auditif, elle retire son dentier, elle se débarrasse de ses lentilles de contact, elle enlève sa perruque...

B. - Ah ! Voilà ! Vous êtes toutes les deux prothésistes !

A. - Et je ne parle pas du reste...

(A mime C quand elle retire sa jambe de bois, son bras,...)

C. - « trapéziste »... ? Si j'étais plus jeune... Pourquoi pas !

B. - ... du reste... du reste... Mais... mais... Vous reste t-il encore une pièce d'origine ?

C. - (regarde dans son porte-monnaie) Une pièce de 2€ ! C'est pour quoi faire ?

A. - Je m'ennuie... B. - Moi, vous savez ce que je fais quand je m'ennuie ?... A. - Dites toujours! C. - ... Je ferme les yeux et je pense aux voyages que j'ai faits...

B. - ...J 'ai tout vu ! J'ai tout fait : Honolulu, Tombouctou, les Touamoutou, le lac Titicaca, l'Atacama, le Tanganyka, Bahia,...

C. - ...Vous connaissez Cergy-Pontoise ?...

B. - ... Cergy-Pontoise... la Papouasie, la Manchourie, la Côte d'Ivoire, la Côte d'Azur, la Côte d'opale, la Côte d'Emeraude...

C. - ...et Compiègne, vous êtes déjà allés à Compiègne ?...

B. - Compiègne...Caracas, le Costa Rica, la Costa Brava, la Costa d'El Sol, la Cochinchine, Chicoutimi...

A. - ... et (x = ville dans laquelle se déroule le spectacle) ? Vous êtes déjà allé à (x) ?

B. - Ça n'est pas trop dangereux d'aller à (x) ? J'ai entendu dire que...

A. - Il n'y a que les vrais aventuriers qui osent mettre les pieds à (x).

B. - Je ne pars jamais sans m'assurer avant ? L'aventure, d'accord, mais pas sans chaussures !

C. - Alors... Vous avez bien fait ! N'allez jamais à (x)!

B. - Jamais à (X)... Pourquoi ?

A.- Vous risqueriez de vous faire un croc-en-jambes en y allant, c'est trop près !

A. - Je m'ennuie... Est-ce que quelqu'un veut que je lui montre...

B. - ... que je lui montre tous mes tatouages ! Vous voulez les voir, tous mes tatouages ?

A. - C'est trop indécent, non non...

C. - Où ça !? Des anthropophages ? B. - (montre son dos à C)

C. - Oohhhh ! Comme c'est beau ! Comme c'est beau ! Comme c'est... chaud...Ce sont des artistes anthropophages qui vous ont fait ça ?! A Honotutu ? A Tomboucmou ? Aux Touhatoutou ? Sur le lac Pipicaca ? Dans l'Atakarma ? Au Tanganokia ? A Banania ? En Cochon d'Inde ? A Bigoutiti ?...

B. - A (x) !

C. - Ça a dû vous faire très très mal... ? B. - Mal, mal... il faut souffrir pour être beau !

A. - Je m'ennuie... Vous voulez que je vous montre mes...

B. - Vous l'avez déjà fait !

A. - Je sais bien que je l'ai déjà fait !

C. - Fait quoi ?

A. - Fais ce que j'allais dire...

B. - Alors pourquoi est-ce que vous voulez encore le faire... ?

C. - ... faire ce que vous alliez dire... ?

A. - Parce que je ne savais pas encore que je l'avais déjà fait quand je l'ai dit. Après, quand je l'ai dit, je me suis souvenue de l'avoir fait... et alors j'ai pensé que je l'avais déjà fait.... mais c'était trop tard... : je l'avais encore dit et je ne pouvais plus ne pas le dire, encore...

B. - Au moins, vous pouvez ne pas le refaire... C'est déjà ça !

C. - Je peux encore regarder, monsieur ? Un tout petit peu... regarder... Je peux toucher ?

Oh ! Il y a une chaîne de petites collines, des vallées si-nu-eu-ses..., des petits cailloux

tout doux... une forêt noire, sauvage... du mystère là-dedans... des chemins qui

promettent et vous emportent là où personne depuis longtemps n'a posé la main... une

peau... lisse... qui glisse... glisse...

A. - Il faudrait toute une vie pour déchiffrer ça... C. - Tout un poème... (à B) Mais... vous... Vous ! Vous ne pouvez pas le regarder, votre si beau tatouphage...

B. - Il n'est là que pour vos beaux yeux, pour vos douces mains... Mademoiselle... C. - Vous êtes un amour, Monsieur...

Scène 12

A. - Il faut en finir avec ces saletés de pots.

B. - Faut en finir... Unissons-nous !

C. - Oui, punissons-en !

A. - Ces pots m'indisposent ! Il faut en finir avec ces satanés pots !

B. - ... avec ces saletés de satanés pots !

A. - Arroser, toujours arroser !

B. - Surveiller, toujours surveiller !

A. - Pas trop chaud, pas trop froid, pas trop d'eau, pas trop de lumière, pas trop d'ombre !

C. - Je ne suis pas une potiche !

B. - Je ne suis pas un potache !

C. - Vos pots, je vous les écrabouillerai avec mon popotin !

A. - Nous découvrirons le pot aux roses, nous saurons pourquoi nous devons potasser ce

mode d'emploi démodé ! Et nous mettrons tous ces pots au feu dès potron-minet !

B. - Je ne serai pas poltron, oh non, non, non !

A. - Nous rirons de vos pots !

C. - Vos pots tirerons leur plan !

A. - Nous vous les rendrons, pot à pot, et vous ferez vous-mêmes votre petite popote !

B. - On n'est pas vos potes âgés.

C. - A partir d'aujourd'hui, c'est à notre tour d'avoir les mains dans les poches !

B. - Et toc !

A. - Et tac !

C. - Et tic !

(ils entament une ronde)

Et tic, et tac, et toc !

Tic tac toc !

Toc toc tac !

Tic tac tic tac !

Tac tac tic !...

Scène 13

(Le pot de A tombe)

TOUS : Aaaaaaahhhhhhhhhhh!!!

C. - Ah !

B. - Ah !

A. - Ah ! Ah ! Ah ! C'est vous ! Empotés ! Pochtrons !

B. - Dites ! Soyez polie !

A. - C'est vous !

C. - Ben, non, si c'était mou ce ne serait pas cassé !

A. - Vous ! Vous !

C. - Oui, oui, vous l'avez déjà dit !

A. - Ah ! Ah ! Ah ! Je vais faire un malheur !

B. - (montrant le pot) Le malheur est déjà fait !

A. - Mais... mais... mais... ça n'est pas moi qui ai fait le malheur !

C. - C'est pas moi non plus !

A. - Mais... mais... mais... Ça n'est pas moi !

B. - Et moi... j'étais ici... et le pot était là-bas quand...

Impossible !

C. - Disons que ça n'est personne d'entre nous !

A. - Quelqu'un d'autre que nous ?

B. - Le vent... peut-être le vent...

A. - Il n'y a plus de vent ici depuis longtemps.

B. - Un bus, un camion, un train qui passe...

A. - Plus rien ne passe par ici depuis longtemps.

B. - Un mini tremblement de terre...

A. - Rien n'a jamais bougé ici depuis longtemps.

Qui d'entre nous l'a vu vivant le dernier ?

B. - Dites ! Un regard n'a jamais fait tomber un pot de fleurs.

C. - S'il faut qu'on être aveugles en plus !

B. - Je n'ai plus regardé votre pot depuis longtemps !

A. - Qui d'entre vous l'a touché le dernier ?

B. - Moi, je n'ai touché que le mien.

B. - Moi aussi je n'ai touché que le mien. Le mien et... et... j'ai touché aussi... J'ai touché... le dos de Monsieur...

B et C. - Chacun son pot !

A. - Mais alors... Mais alors...

B et C. - C'est vous ! Vous !

A. - Moi ! Moi... Moi ?

B et C. - Oui ! Vous !

A. - Mais... Je ne faisais rien... Je m'ennuyais... B. - Question : ce pot serait-il tombé d'ennui ? C. - Mort d'ennui... ? A. - Mais s'ennuyer n'a jamais fait de mal à personne ! B. - La preuve ! C. - Oui... c'est une épreuve ! A. - Je ne faisais rien... Je m'ennuyais...

Scène 14

A. - Qu'est-ce que je vais devenir ?

C. - (à B) Vous avez vu, les nôtres ont encore grandi ? Oh ! Regardez ! Une... Une petite fleur...

B. - ... une petite fleur...

A. - Ah ! On dirait... on dirait...

A. - Qu'est-ce que je vais devenir ?

B. - Faut avouer que vous n'avez plus de pot...

C. - Elle n'en a plus, mais vous... vous... vous en avez un...

B. - J'en ai un, j'en ai un... Bien sûr que j'en ai un et vous, vous aussi vous en avez un...

C. -... vous, vous avez un chapeau !

B. - Un chapeau ?! Oui, j'ai un chapeau ! Et alors ? J'ai le droit, non, d'avoir un chapeau...

C. - (insiste) Vous, vous-avez-un-cha-peau ! Un cha-peau...

B. - Ah ? Oui, oui, oui, suis-je bête, j'ai un chapeau...

A. - Ça va ? Vous ne deviendriez pas un peu dérangés du chapeau, tous les deux ?

Pourquoi vous me regardez comme ça... ? Pour quoi vous... ? Vous ?

(C la salue avec son chapeau)

A. - Voyons... Voyons... Ne trouvez-vous pas que le moment est mal choisi !

(C s'agenouille devant A et lui tend son chapeau)

A. - Je suis désolée, je n'ai plus un radis !

(C met le chapeau dans les mains de A)

A. - Mais... mais... mais...

(C conduit A près du pot cassé. B commence à ramasser la terre et à la mettre dans le

creux du chapeau. Ils replantent dans le chapeau ce qui était tombé)

A. - Oh ! Oh..... oh...

B. - (à A) La vôtre a un petit bouton tout rose...

A. - Oh... Rose... C'est ainsi qu'on m'appelait : Rose... Rose...

C. - Regardez, la mienne... la mienne !

ROSE. - La vôtre est violette !

C. - C'est ainsi qu'on m'appelait...

B. - Violette ?

VIOLETTE. - Violette ! Violette !

Et la vôtre ? La vôtre, comment est-elle ? Montrez, montrez !

B. - C'est bizarre... C'est blanc... Je ne m'appelle pas...

ROSE. - ( à C) Sentez !

VIOLETTE. - ( à B) Sentez !

B. - Fichtre ! Ça sent bon ! Mais... Je ne m'appelle pas... Qu'est-ce que c'est ?

VIOLETTE. - Ne vous appelait-on pas... Hyacinthe ? Monsieur... Hyacinthe ?

HYACINTHE. - (il vérifie sur la carte qu'il avait placée dans sa poche au début de la

pièce) Hyacinthe ! Hyacinthe ! C'est ça ! C'est bien ça !

Eh bien... Eh bien... maintenant que les présentations sont faites...

VIOLETTE. - Violette !

LES AUTRES. - Enchantés !

ROSE. - Rose !

LES AUTRES. - Enchantés !

HYACINTHE. - Et... Hyacinthe pour vous servir !

LES AUTRES. - Enchantée, enchantée !

Scène 15

(La porte s'ouvre...) VIOLETTE. - Oh !

HYACINTHE. - Non !

ROSE. - Déjà !

HYACINTHE. - Je pense qu'ils veulent les pots.

ROSE. - Non, pas maintenant, pas maintenant !

VIOLETTE. - Oh ! Ma toute petite Violette !

ROSE. - Rose... tu es... si... tu es tant... je te trouve très... très très mignonne !

VIOLETTE. - Mignonne... mignonne...

HYACINTHE- Oui... Oui ! Mignonne...

« Mignonne, allons voir si la roseQui ce matin avoit descloseSa robe de pourpre au Soleil,

A point perdu ceste vespréeLes plis de sa robe pourprée,Et son teint au vostre pareil. »VIOLETTE. - « Las ! voyez comme en peu d'espace,Mignonne, elle a dessus la placeLas ! las ses beautez laissé cheoir !Ô vrayment marastre Nature,Puis qu'une telle fleur ne dureQue du matin jusques au soir ! »ROSE. - « Donc, si vous me croyez, mignonne,Tandis que vostre âge fleuronneEn sa plus verte nouveauté,Cueillez, cueillez vostre jeunesse :Comme à ceste fleur la vieillesseFera ternir vostre beauté. »

Pierre de Ronsard

...fera ternir votre beauté...

VIOLETTE. - Et moi, et moi !?

ROSE. - La violette, la violette... ?

HYACINTHE. - Ah ! Si !

« Franche d'ambition, je me cache sous l'herbe.

Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour;

Mais si sur votre front je ne puis voir un jour,

La plus humbles des fleurs sera la plus superbe. »

Desmarets de Saint-Sorlin

Et... et moi ! ?

VIOLETTE . - Hyacinthe... Hyacinthe... C'est difficile...

ROSE. - Hyacinthe... Ouh là là ! Hyacinthe...

Si ! J'y suis :

« Elle est tout ce que j'aime au monde, le secret,L'amour aux longs cheveux, la pudeur aux longs voiles,Même elle me ressemble aux rayons des étoiles,Et c'est comme une soeur morte qui reviendrait. »

HYACINTHE. - Elle... elle ! Et moi ? VIOLETTE.- Oui, oui... :

« Hyacinthe est le nom mortel que je lui donne.Souvent au fond des ans par d'étranges détoursNous évoquons la même enfance aux mêmes jours,

Et sa voix dont l'accent fatidique m'étonne »

ROSE. - « Semble du plus profond de mon âme venir.Elle a le timbre ému des heures abolies,Et sonne l'angélus de mes mélancoliesDans la vallée au vieux clocher du souvenir. »Albert Samain

HYACINTHE. - Bon ! Ben... Je pense qu'il est grand temps pour nous de leur ...

VIOLETTE. - Vous avez raison... Il est grand temps...

HYACINTHE. - Plus que temps !

VIOLETTE. - Presque... trop tard ?! HYACINTHE. - Allons, rose, ces pots ne sont pas à nous. Nous devons les rendre ! ROSE. - Mais, c'est ma...

HYACINTHE. - Non !

ROSE. - ...rose... ma rose...

VIOLETTE. - Non... Non !

ROSE. - Non ? Non ?

LES AUTRES : Non !

ROSE. - Ah ! Bon !

(Ils vont chacun à leur tour déposer leur pot, qui disparaît derrière la porte.)

HYACINTHE. - « Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,

Où dans l'air énervé flotte du repentir,

Où sur la vague lente et lourde d'un soupir

Le coeur le plus secret aux lèvres vient mourir.

Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,

Et, ces soirs-là, je vais tendre comme une femme. »

Albert Samain

(La porte reste ouverte... Ils s'acheminent vers la sortie.)

ROSE. - Comme c'est grand !

VIOLETTE. - Comme c'est beau !

HYACINTHE. - Quelle belle lumière !

VIOLETTE - Ça sent... la violette...

ROSE. - et la rose...

HYACINTHE . - et la hyacinthe...

ROSE. - Respirez... respirez cet air !

VIOLETTE. - Quel temps merveilleux !

(Première fin)

ROSE. - Allons-y ! Allons-y !

VIOLETTE. - Plus besoin de couverture !

HYACINTHE. - ... ni de lunettes !

VIOLETTE. - ... ni de gaz...

LES DEUX AUTRES. - ... ni de clés !

TOUS. - ... ni de maisons ! Ni de téléphones ! Ni de portefeuilles ! Ni de sous !

ROSE. - Quelle belle jeunesse !

TOUS. - Nous avons bien fait notre temps.

(deuxième fin)