JE VOUS REGARDE PARTIR

 partir

L’écriture de « Je vous regarde partir » a commencé par une proposition d’écriture émanant d’Anne Leloup,

des éditions Esperluète, à destination des auteurs ayant publié chez elle, en vue d’une exposition à la galerie DS  (Bruxelles) :

« Là, d’où j’écris ».

La première chose qui m’était venue à l’esprit, c’était le souvenir de mon père qui m'apprenait à lire

quand j’avais cinq ans, lui qui n’était pas allé plus de trois ou quatre ans à l’école primaire, lui pour qui l’écriture était «utile »,

sans plus.

Assise sur ses genoux, docile, désireuse de savoir ce que cachaient ces signes mystérieux, je suivais le chemin de ses

larges doigts sur les lignes de la La petite chèvre turbulente.

Il dissipait, avec le dévoilement de ce premier livre, la brume qui me cachait l’autre sens des mots

quand ils sont fixés sur le papier. Il ouvrait les portes de mon émancipation.

Il me montrait le chemin de mes futures évasions.

Le bout de ton doigt

s’arrête à chaque mot

le découpe en quartiers

syllabes acides sur ma langue

lettres douces quand

par transparence

elles m’illuminent de l’intérieur

ta main sur ma main

tu me donnes la clé du verger

places pour moi l’escabelle

m’adresses au pommier

m’élèves

ne sais pas que tu me délivres

Mes parents étaient bateliers. Ils préféraient retarder le moment de la séparation.

À l’âge de 8 ans, restée sur le quai, je les ai regardés partir pour entrer à l’école.

Le fil de ce recueil était trouvé.

Depuis mon enfance, j'ai regardé mes parents partir.

Partir avec leur bateau.

S’écarter de mes aspirations personnelles.

Je me suis éloignée aussi, à cause du fossé qui peut se creuser entre deux cultures au sein d’une même famille.

Ils m’ont regardée partir.

Je les ai vu s'approcher de la mort, mourir, et partir encore.

Eux, et d’autres membres de ma famille.

Depuis, lorsque quelqu’un de proche s’en va, je pense que, peut-être, ce sera pour longtemps, ou qu’il ne reviendra pas.

Parce que, tous, nous nous regardons partir.

Photo de Geoffroy De Schutter en couverture.

Sur commande à  :http://maisondelapoesie.com/index.php?page=contact

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Ou (pour la Belgique) : https://www.moliere.com/fr/catalogsearch/result/?q=van+acker

Disponible dans certaines librairies (dont Maelstroëm, à Bruxelles, place Jourdan), et à la librairie du Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris.

Les avis des lecteurs :

J’ai lu Je vous regarde partir cet après-midi. Très très beau texte, très émouvant. C’est beau, cette inscription dans la chaîne de celles qui nous ont précédé. C’est beau ce regard sur leurs vies petites. Tu rends avec beaucoup de justesse
cette atmosphère des maisons et des univers modestes, que j’ai connus moi aussi
chez mes grands-parents ou chez des tantes, ces vies à frotter leur intérieur
(ma mère disait « quand on est propre sur soi, on est propre à l’intérieur" ...
et moi, elle me trouvait sale...). Une belle langue aussi, qui dit les choses en silence comme le silence de ces univers
où on entend juste le tic-tac de l’horloge. Bref, un beau livre de femme, un bel hommage aux mères! Véronique.D

'poésie' 'famille' 'mort'

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