LA DERNIERE CONVOCATION

 
 

J'ai décidé qu'une convocation de plus pour justifier mon activité professionnelle auprès du FOREM serait la dernière.

Aussi, plutôt que de m'astreindre à inventer un dossier et me joindre à la schizophrénie ambiante, j'ai préféré écrire "La dernière convocation".

Un texte qui a beaucoup circulé sur la toile, un texte interpellant sur le statut des artistes, de ces intermittents sommés de se justifier auprès des autorités "compétentes".

Un texte que j'ai remis au FOREM en lieu et place du dossier attendu. Un texte que d'autres artistes ont imprimé et déjà joint à leur dossier.

A partir du mois d'octobre 2017, la Belgique comptera une "chômeuse" de moins et une indépendante de plus.

Dans ce livre s'est jointe la parole d'autres artistes pour que vous puissiez mieux comprendre notre situation.

Un premier ouvrage de la nouvelle collection "Pamphlet" de Cactus Inébranlable éditions.

Pour commander le livre, écrire à  :Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

En France, il est disponible sur : https://www.placedeslibraires.fr/listeliv.php?base=allbooks&mots_recherche=Christine Van Acker - La dernière convocation

Prix de vente : 5€

Le livre peut également se commander à partir de votre librairie (à moins qu'il ne s'y trouve déjà...)

Le site de l'éditeur : http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/acheter-nos-livres/catalogue/la-derniere-convocation.html

Sur Facebook : https://www.facebook.com/groups/264955306872218/permalink/1626407414060327/?pnref=story

Ecouter l'entretien avec Eddy Caekelberghs, dans Au bout du jour, le 19 septembre 2017, sur la Première, RTBF radio :

article soir bis

Femmes daujourdhui 001

Des commentaires de lecteurs :

"J'ai commencé ma "carrière"  au Forem au début des années 2000 comme conseiller en accompagnement avant de partir vers d'autres horizons. Je recevais des gens, faisais le point avec eux sur leurs projets, cherchais avec eux des solutions pour améliorer leur recherche d'emploi et s'ils m'expliquaient que leur situation sociale, médicale, familiale... ne leur permettait pas vraiment de travailler, on mettait en place des stratégies pour éviter les sanctions.
Souvent, on frisait l'illégalité, on sortait des clous de notre mission, mais ça ne posait pas de problème.
 
À cette époque, pas si lointaine, finalement, la majorité des conseillers étaient issus de filières sociales: des AS, des éducateurs, des psy... la plupart animés par des préoccupations plus axées sur l'humain que sur l'insertion à tout prix.
 
Puis on a commencé à parler de la notion de "prescription". Comme le médecin rédige l'ordonnance, le conseiller devait prescrire aux demandeurs d'emploi l'obligation de mettre en place des démarches... dont ils ne voyaient pas nécessairement la finalité ni l'intérêt.
Ça puait déjà...
 
Le recrutement des nouveaux conseillers a changé alors.
On a vu arriver des collègues issus du secteur de l'interim, des gens "orientés résultats", des profils efficients comme ils disaient. Et la cohabitation avec l'ancienne génération ne fut pas facile.
Je suis entré en fonction en même temps que quelques personnes avec qui j'ai gardé contact, j'observe que parmi ces 5 ou 6 collègues, plus aucun ne travaille dans la fonction de conseiller. Certains ont changé de service en restant dans l'institution, comme moi; d'autres ont démissionné pour partir vers d'autres aventures professionnelles.
 
Peut-être que ton accompagnatrice fait partie de cette ancienne génération.
 
Cette évolution n'est pas uniquement le fait de l'évolution interne du Forem.
L'office se doit de mettre en place une politique décidée par la région wallonne.
Aujourd'hui, on observe que c'est un ministre libéral qui a la tutelle du Forem, c'est la pire chose qui pouvait arriver.
Là où je travaille, nous mettons en place des modules d'apprentissage du FLE (Français Langue Étrangère) pour les migrants, nous accueillons des jeunes (très) peu diplômés pour des modules courts... autant de missions qui risquent d'être supprimées par un pouvoir qui n'aura que faire de ces formations qui ne mènent pas à l'emploi, mais qui contribuent à ce que le service public remplisse sa mission de s'occuper aussi des moins favorisés. Mais ces aspects-là, les bleus n'en ont que faire.
 
Voilà.
 
Continuons la bataille."
 
Jean-Philippe Querton
 
J’ai bossé 15 ans à l’Orbem, je sais à quel point votre ras-le-bol est justifié. Votre combat est juste et nécessaire.
La rébellion, ce n’est pas vraiment leur mode de fonctionnement et positif, pas leur état d’esprit. J’ai fini par donner ma démission, dégoûtée, quand il n’y a plus eu moyen de faire autre chose que du contrôle bête et sale.
Bravo et bon courage.
M.
 
Nous avons tous peur de perdre nos droits et, à force de se taire, nous perdons tout. Merci donc à vous pour votre parole.
C.
 
Ce début septembre, le désert d'Atacama est tout en fleur : phénomène qui apparaît tous les 3 ou 4 ans, ordinairement au mois d'octobre !
 
Je rêve de m'y promener lors d'un subit éclatement de beauté. Luís Sepúlveda en parle dans une nouvelle. Cette année, on pense que c'est dû aux pluies 
 
des mois de mai-juin. Étonnant dérèglement climatique (comme tout se tient !) pour la zone la plus aride au monde (moyenne de ½ jour de pluie par an). 
 
Mais alors pourquoi les autres années, le désert pouvait donc fleurir pendant quelques jours ?
 
Parce que ce désert est traversé de sources, et ces sources sont approvisionnées par la fonte des glaces sur les volcans situés à plus de 5000 m, 
 
dans la cordillères, à la triple frontière avec la Bolivie et l'Argentine. Donc il est possible de creuser le désert d'Atacama et de trouver de l'eau. 
 
Tandis que trouver un équilibre de vie et la sérénité dans le travail en creusant les soubassements du FOREM / ONEM, ça c'est impossible, j'en conviens.
 
La force me semble-t-il de ton pamphlet, c'est de montrer les liens (qu'ils ne cachent nullement !) entre la "philosophie" de l'ONEM et  et l'European
 
Foundation for Quality (?) Management de Dassaut, Volkswagen and Cie. Rien n'est gratuit et nos élites (…) politiques s'abreuvent toutes à la même source,
 
ils ont tous la même foi dans le Marché et les axiomes de Chicago.
 
J'ai pour ma part choisi d'enseigner car je trouvais là un lieu d'épanouissement, de plaisir, d'accomplissement de moi-même. Mais hélas, en fin de carrière, 
 
j'ai vu que les Savoirs, les Savoir-Faire et les Savoir-être étaient remplacés par les fameuses "Compétences", il fallait former des enfants à devenir "compétitifs",
 
compétents, c.-à-d. aptes à s'adapter aux exigences d'employeurs dans un monde technologique qui change de + en + vite. C'est une banale constatation,
 
je sais, mais nous avons vu débarquer une foule d'inspecteurs contrôlant si la compétence 5-bis avait bien été mise en oeuvre par le professeur-poète !
 
Mais ce choix est personnel, si j'avais opté pour l'écriture, je pense que je crèverais de faim aujourd'hui !
 
Première constatation : le boulot d'écrivain m'a rapporté en droit d'auteur, environ 2000 € entre 2004 (date où j'ai reçu la première fois un à-valoir) et 2017 !
 
Comme il m'arrive d'avoir plusieurs versions d'un même manuscrit (9 pour le prochain Brise de mère, quasi autant pour La Promesse d'Almache 
 
et encore plus - 17 ou 18 -  pour Journal d'un incapable), je pense que mes droits n'arrive pas à couvrir mes frais … de cartouches d'encre 
 
(mon dernier pack Epson m'a coûté 102 €, preuve que les poètes participent à l'activité économique). 
 
Je ne parle pas des frais d'envoi vu les tarifs postaux pratiqués en Belgique !
 
Deuxième constatation : j'écris depuis près de 40 ans (première publication en 1979), mais la moitié de ce que j'ai publié (5 livres et 2 revues que j'ai pilotées) 
 
date de ces 5 dernières années, après ma mise à la  retraite : preuve que rédiger exige beaucoup de temps (ce n'est pas à toi que je le dis, 
 
mais à ton fonctionnaire à la cravate trop serrée).
 
Troisième constatation : explosion des burn out, preuve que tout part en quenouille partout. Exemple : la SWDE n'emploie pour ces gros travaux que 
 
des sous-traitants : un de ceux-ci travaillait chez moi pour ... Engie (tout se recoupe donc !) : il me dit la semaine dernière  : je suis obligé 
 
avec mon unique collègue de réaliser 10.000 € de chiffre d'affaire par semaine, sinon l'équipe est remplacée par une autre venant de l'Est.
 
Conclusion : ton bouquin n'est peut-être qu'une goutte d'eau, mais ça fuit de partout et toutes les gouttes font déjà une grosse mare, peut-être un lac : soyons prêts
 
car il va se passer quelque chose qui va partir dans tous les sens, un mai 68 à la puissance 10 ou 20, mais très très différent, moins utopiste et plus violent.
 
Il faut être prêt pour, le moment venu,  essayer de réenchanter le monde, que les philosophes instaurent un nouveau contrat social, que les économistes 
 
de demain balisent la semaine des 32 ou 24 heures et justifient l'allocation universelle, que les poètes et les artistes ramènent chacun face à lui-même et 
 
fondent la nécessité de l'inutile !
 
Si la droite est décomplexée, que les anars le soient aussi !
 
En bref : "pour faire face au Forem, il y a du travail !"
 
merci pour cet opus !
 
Alain Dantinne
 
 

Bravo pour « La dernière convocation »! Libre, utile, roboratif, fédérateur : les témoignages qui suivent, signés, prouvent qu’on va enfin oser dire. Il est temps.

J’ai un statut d’indépendant, je suis donc « ailleurs », mais je rame, et sans doute de plus en plus, comme la plupart de mes collègues dans toutes les disciplines artistiques, quel que soit leur statut.

Ta prise de parole m’aide à faire le point pour moi-même. Et s’il n’y a personne en face de moi, pas d’employé d’Actiris ou de l’onem, pas de confrontation humiliante, en somme, l’humiliation est dans le fait de gagner par mois bien moins que le minimex, et que rien ne change depuis tant d’années où, comme toi, je n’ai cessé de bosser avec enthousiasme et ténacité.

A quand un « statut d’artiste »? (professionnel, cela va de soi : toi, moi, celles qui ont osé témoigner à ta suite et tant d'autres, nous le sommes, professionnel(le)s contrats et prix à la clé, et ce depuis des années)

Si c’est vraiment « la dernière convocation », je te souhaite (nous souhaite) qu’il n’y ait jamais de « dernier livre » - du moins pas avant que la mort nous fauche.

Je te salue amicalement.

Caroline Lamarche

Merci pour la dernière convocation. Il me fait penser à un "vieux" texte de Franca Rame et Dario Fo Moi, Ulrike, je crie. entre autre lorsque tu dis "Je vous devine, cachés derrière, m'observant par les deux trous ronds de cette paire de jumelles." Dans ce texte, il y était question aussi de la grisaille du monde... À l'issue de la lecture, je me suis moi aussi reposé les questions de la solidarité entre classes et de la résistance possible à ce système absurde d'autant que j'ai des discussions assez animées avec mon compagnon sur le sujet... Lui a perdu son statut d'artiste il y a longtemps et vit une dégressivité de ses allocations avec, pour couronner le tout, sur le dos, une facilitatrice qui fait de l'excès de zèle, se permettant même des remarques sur le fait qu'il fume par exemple... Démarche infantilisante! Jusqu'où accepter? Jusqu'où être à la marge du système? 
Je me souviens aussi de mon dernier "contrôle", en décembre de l'année dernière. La dame, très gentille, m'a rappelé que je n'avais pas besoin de diversifier (chercher dans une autre branche) puisque j'avais mon "statut" et assez de contrats... mais que c'était très bien, que je faisais aussi autre chose, que j'animais, donnais des ateliers. J'ai quand même réussi à lui faire remarquer qu'être comédienne-animatrice n'était pas donné à tout le monde, que c'était un vrai métier et que ce n'était pas parce qu'on était diplômé d'un Conservatoire qu'on pouvait forcément faire ce boulot, que c'était un vrai choix de ma part. Donc, ce que dit Veronika Mabardi me touche particulièrement car, oui, donner des ateliers, c'est aussi une démarche artistique, pas du tout reconnue, pour laquelle on est parfois payé en "article 17", parfois défrayés, rarement payés de manière correct au regard du travail fourni mais on est tellement engagé dans ce qu'on fait...
Je voudrais juste aussi ajouter pour terminer que j'ai souvent pensé comme toi à tous ces gens qui ne maîtrisent pas le langage et donc ne sont pas capable de "donner le change" dans cette mascarade. D'où l'importance d'un film comme "bureau de chômage", l'importance de ton texte et des actions qui en découleront.
Aïcha R.
 
 
Voilà de quoi obtenir le EFQC award (European foundation for quality criticism). Y a pas 30 000 membres, mais des millions.
Bravo. Bien envoyé. Courage.
J. 
 
 
Vincent Tholomé, Le carnet et les instants, octobre 2017
 
 

van acker la derniere convocation.jpgOn est en avril 2017. Au fonctionnaire chargé de contrôler si elle est suffisamment active dans sa recherche d’emploi, Christine Van Acker remet une lettre. Un brûlot plutôt. Doux et amer. Ironique. Où elle signifie qu’elle en a soupé de se soumettre aux diktats d’une administration la réduisant à une étiquette : demandeuse d’emploi. Une administration qui n’a que faire de Christine Van Acker en tant que que personne et de ce qu’est réellement son boulot d’artiste. Une administration qui réduit à peau de chagrin tout qui, un jour, est confronté au vaste complexe des réglementations en tout genre.

Cela aurait pu rester dans l’ombre. N’être qu’une affaire perso entre l’auteur et l’administration. Mais non. Dès avril 2017, Christine Van Acker a partagé son pamphlet sur le net, suscitant l’avis et la réaction d’autres auteurs, d’autres artistes en pétard contre le Forem ou l’Onem.

La dernière convocation  reprend toute l’affaire. Outre le pamphlet de Christine Van Acker et quelques-unes des contributions d’artistes, on y trouvera des citations, entres autres, de Henry David Thoreau et Étienne de la Boétie nous incitant, nous, lecteurs, lectrices, à prendre du recul, à mieux comprendre dans quels enjeux s’inscrivent ces coups de gueule, coups de sang, coups de colère.

Car, au fond, à quoi invite Christine Van Acker si ce n’est à la désobéissance civile, chère à Thoreau ? Incitant même les sanctionnateurs à prendre la tangente. À démissionner. Dire, à leur tour, comme elle le fait dans sa lettre, bye bye les frères, à la tyrannie administrative. Bouffant nos temps, nos vies, nous réduisant à n’être que des sous-humains, ou quelque chose du genre.

Oui mais.

Si ces citations invitent à replacer l’affaire dans un contexte plus général, dépassant largement, en tout cas, le cadre d’un combat a priori sectoriel – qui s’intéresse au droit des artistes à vivre dignement de leurs arts si ce n’est les artistes ? –, deux ou trois choses, je pense, déforcent le livre.

D’accord : la colère de Christine Van Acker est juste. L’administration nous essentialise. Nous colle des étiquettes. Refuse de voir en nous autre chose que des demandeurs d’emploi. N’a que faire du fait que nous sommes pères, mères, gens de partage, de rencontres. Artistes ayant derrière nous des années de travail, de questionnements, de doutes. Nous amoindrit par sa logique mortifère. Est un monstre à abattre et dont il conviendrait de se libérer. D’accord. Entièrement d’accord.

Oui mais.

Alors que des artistes n’arrêtent pas de déplorer cette logique de mort, certaines contributions – et certaines pages du pamphlet – ne font que la reproduire à la lettre. Apposant sur le front des fonctionnaires la sinistre étiquette de fonctionnaire. Réduisant, du coup, la personne leur faisant face à ce mot : fonctionnaire. Déniant ainsi à cette personne le droit d’être multiple. Comme si, parce que fonctionnaire, le fonctionnaire était fatalement abruti. Aliéné à un système qui l’asservit. Incapable d’aucune échappée belle. Ou de bouffée d’air. Ou de mise en question. Étrange réduction. Étrange mécanisation. Déplorée d’un côté et reproduite de l’autre, à la virgule près.

Certaines des contributions prenant même des allures de plaidoyers de classes. Plaçant les artistes comme au-dessus de la mêlée. Intouchables dans leurs prérogatives. Parce que plus sensibles, plus humains, plus en prise directe sur la vie que « les autres ». Posture, à tout bien réfléchir, un brin méprisante pour tout qui ne partagerait pas le noble et beau métier d’artiste. Posture, dès lors, ne faisant qu’accentuer les fractures plutôt que nous rassemblant. Ou nous permettant de penser l’humain et l’humanité dans leur entièreté. Posture peu généreuse, oubliant de tendre la main aux fonctionnaires, ces frères et sœurs de galère.

D’autres positionnements sont, par contre, remarquables. Celui d’Eva Kavian, par exemple. Lucide et clair, tout à fait pertinent pour avancer dans un débat général sur nos libertés et nos asservissements.

 
 
 
 
 
© Les Grands Lunaires, 2017